Black Book

Rétrospective Paul Verhoeven

Carice van Houten, Sebastian Koch. © Pathé Distribution

On avait fini par l’oublier. Celui qui avait signé RoboCop et Total Recall n’était pas américain mais néerlandais. Cela nous est revenu quand l’éternel franc-tireur, plus vraiment en odeur de sainteté à Hollywood qui avait pourtant fait sa gloire, a décidé de revenir dans son pays natal. Un retour plus ou moins forcé mais qui témoigne aussi de sa volonté farouche de rester libre, envers et contre tous. La preuve, en ironie : pour fêter ses retrouvailles avec les Pays-Bas, il signe en 2006 ce film qui raconte une page très sombre et honteuse de l’histoire du pays, à savoir les années d’Occupation. Gonflé, le type. Paul Verhoeven n’a décidément pas froid aux yeux. Il ne s’arrête pas devant l’obstacle, il peut foncer et changer de vie, pourvu que la nouvelle en vaille la peine. C’est un peu la morale de Rachel Stein (Carice van Houten), formidable héroïne, à la fois Mata Hari, justicière et femme fatale.

Inspiré de faits réels (comme indiqué au tout début), Black Book étourdit par sa vitesse d’exécution. Croisement de film de guerre et d’espionnage, il enchaîne les épisodes dramatiques, sans jamais s’appesantir ni s’épancher. Il y aurait de quoi pourtant. Mais voilà, ce qui prime ici, c’est le mouvement vital du récit. On suit le parcours tumultueux de cette Rachel Stein, jeune femme juive en fuite qui réchappe au massacre ayant décimé les siens, s’engage dans la Résistance, couche pour la juste cause avec un officier nazi, en tombe amoureuse…. On en dit trop ? Rassurez-vous, c’est à peine le quart des faits tragiques et romanesques qui jalonnent ce film déroutant, à l’allure parfois d’un film de série B, avec ses chromos rétros. Pas de réalisme manifesté ici mais un goût du spectacle et de la scène parfaitement assumé – Rachel Stein est aussi chanteuse de cabaret, façon Marlene Dietrich. Difficile de ne pas penser à Inglourious Basterds de Tarantino, film ultérieur de quelques années, qui semble son petit frère. 

Les vignettes, les rebondissements, le suspense n’empêchent nullement la noirceur, bien réelle elle. Si la forme est vive, le fond, lui, est aussi lucide que désespéré. De manière fine et symbolique, avec une lucidité exemplaire, Paul Verhoeven parvient à illustrer aussi bien le délire antisémite que l’épuration, l’ignominie nazie que les trahisons dans le camp du bien. Pas de grandeur d’âme ici ni de bravoure, ni victoire ni paix, mais un monde de turpitudes et de mensonges, d’inquiétude constante, où domine le chacun pour soi, où l’horreur semble sans fin. « Cela ne cessera donc jamais ? » s’interroge Rachel, dans l’un des rares moments où elle s’effondre. Elle pourtant si tenace, qui subit maintes épreuves, en survivant à chacune d’elle. Une figure christique ? Si l’on veut, mais féminine, charnelle, sulfureuse, alors. Ce qui change bien des choses.

Un moment, l’espionne est au lit avec son amant nazi qui devine qui elle est. Elle lui prend les mains, les pose sur ses seins : « Ça, c’est juif ? » Puis sur ses hanches : « Et ça, c’est juif ? » C’est l’une des séquences les plus fortes. Au-delà du bien et du mal, Paul Verhoeven a trouvé dans la fiction voluptueuse la parade ultime pour croire encore en l’humanité.

Black Book / De Paul Verhoeven / Avec Carice van Houten, Sebastian Koch, Thom Hoffman, Halina Reijin, Derek de Lint, Waldemar Kobus / Pays-Bas / 2h25 / 2006.

Une réflexion sur « Black Book »

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