Vers un avenir radieux

Au cinéma le 28 juin 2023

© Sacher Film

Nanni Moretti était-il malade ? Un film symptomatiquement morettien nous donne pourtant bien rendez-vous en salles dès le 28 juin. Quoi ? Vous dites « Enfin ! » ? Après plus d’une décennie d’attente – nous languissions depuis Habemus Papam aux côtés du cinéma plus convenu que le réalisateur avait fait sien, souffrant d’une carence de son intime particularité et de son originalité profonde : avec Mia Madre en 2015, un passage, soit, par le documentaire quand sort Santiago, Italia en 2018, puis Tre Piani il y a deux ans – nous retrouvons, enfin, ce savoureux style dont nous étions déjà si nostalgiques. Le diagnostic est formel, si Moretti était souffrant, il est à nouveau sur pieds. Il est temps de le retrouver.

Dans la continuité de Journal Intime et Aprile, Vers un avenir radieux conte dans une semblable construction de récit le quotidien d’un cinéaste (Giovanni) en préparation d’un long-métrage sur le parti communiste italien de l’après-guerre. La vespa vert foncé a été troquée contre une trottinette électrique. Nous nous réjouissons de retrouver à nouveau un film sur le cinéma où se mêlent engagement politique et vie personnelle quand la société se préoccupe moins d’idéologie et de solidarité. Tout est bouleversé dans la vie de Giovanni : son producteur français (Mathieu Amalric) fait faillite, sa femme (Margherita Buy) le quitte et sa fille (Valentina Romani) fréquente un homme de quarante ans son aîné. Riche de l’usage d’un délicieux registre comique, l’œuvre ne s’inscrit pas simplement dans cette trilogie, mais bien plus largement dans tous les films autobiographiques – et il ne s’agit pas là d’un pléonasme – de l’auteur. 

Mais son troisième long-métrage, Sogni d’Oro, est peut-être le film dont Vers un avenir radieux se rapproche le plus. Tourné 42 ans auparavant, un net parallèle s’opère entre les deux œuvres dans le fond comme dans la forme. On note que les personnages interprétés par Moretti tendent de plus en plus à communier avec sa persona. Ainsi, Michele, inépuisable protagoniste des premiers films de la carrière du réalisateur italien, laisse aujourd’hui la place à celui qui porte le même prénom que lui hors de l’écran, Giovanni. Ce dernier revêt d’ailleurs dans l’une des premieres scènes, installé sur son canapé avec sa famille, une couverture nous rappelant celle de l’affiche de Sogni d’Oro. Si en 1981, Moretti, déjà « vieux con », s’indignait en parodiant le contenu des programmes de télévision, il s’offusque notamment en 2023 contre l’hégémonie des plateformes comme Netflix, clairement visé.

Moretti nous offre une mise en abyme infinie, entre sa carrière de cinéaste, ses personnages se répondant, sa persona, son film : Vers un avenir radieux, et le film dans son film.  Il questionne la capacité d’un cinéaste a s’installer dans une continuité de son Œuvre, constante, quand de réels liens se créent entre ses productions mais aussi tout particulièrement avec son spectateur, témoin de son évolution. Le maître italien mêle brillamment la comédie à un discours profondément nostalgique, capable d’effrayer soudain l’hilare spectateur. Serait-ce un appel à l’aide ? Un adieu au cinéma ?

On comprend, peut-être, au cours de ce qui serait son long-métrage de convalescence, quel serait le syndrome de Moretti. Le mal de son époque. État pathologique que les plus jeunes d’entre nous contractent déjà. Vers un avenir radieux s’inscrit comme un film purgatif.

Action. Musique. Que faisait Nanni Moretti au cours de ces 10 dernières années ? Alors qu’il chante en voiture, nous sommes fort aise de le voir danser maintenant. 

Vers un avenir radieux / De Nanni Moretti / Avec Nanni Moretti, Margherita Buy, Mathieu Amalric, Silvio Orlando / Italie / 1h35/ Sortie le 28 juin 2023.

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Auteur : Lise Clavi

Lise. Fondamentalement indécise, mais de cinéma, définitivement éprise. Mon année à travailler pour des festivals cinématographiques, mon temps libre à cultiver mon intérêt pour l’actualité artistique. Décoller vers une nouvelle destination pour filmer de nouveaux horizons.

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