Vie privée

1962 / Ressortie le 5 juillet 2023

© Malavida / Gaumont

Genève. Jill (Brigitte Bardot) aime danser. Elle croit même aimer Dick (Dirk Sanders), qu’elle décide de suivre à Paris. Puis Jill se lasse de la danse, de même que de son partenaire de valse. Elle devient une vedette et c’est à son tour de faire tourner les têtes. Si on l’identifie à présent dans la rue et en première page des journaux, ces inconnus, qui la connaissent pourtant, s’affairent plus de ses liaisons amoureuses que de ses talents d’actrice. Retour à Genève, l’occasion pour Jill de retrouver son ami Fabio (Marcello Mastroianni).

Vous l’aurez compris, Vie privée est de ces brillants films sur le star-system, milieu dans lequel la réussite et l’échec sont rapportés au sens même de la vie. « J’suis morte ». Les premières paroles de Jill, déjà, annoncent son épuisement, et, ou, son abdication. Pour ce personnage féminin, geignard et indifférent, la célébrité est une fatalité. 

Jill passe d’une activité à une autre, sans faire preuve de talent artistique particulier. Elle n’est pas non plus représentée à travers sa profession puisqu’elle n’affirme aucune ambition. Malle prend le parti de cette représentation, car elle caractérise sa protagoniste et explique ses futures actions – ou devrions-nous dire inactions – tout en communiquant remarquablement un discours sur la société du spectacle. La jeune femme s’oppose ainsi en tout point à Fabio, l’éblouissant éditeur de publications d’arts et de revues théâtrales dont elle tombe amoureuse.

Définie par sa liberté sexuelle, Jill – comme Bardot – est un produit du système, mais également un produit pour le système. Louis Malle et Jean-Paul Rappeneau analysent scrupuleusement pour leur scénario des écrits sur le phénomène B.B, ainsi que des éléments autobiographiques sur l’actrice. Ils associent ainsi directement le personnage de fiction à celle qui l’interprète. Le film excelle dans sa capacité d’exposer la position ambiguë des femmes des années 60, immobilisées entre l’envie d’émancipation et son impossibilité quand la société les annihile et les réifie. Tout en reflétant l’image de son époque, Vie privée dénonce le caractère aliénant de la popularité chez les célébrités, les conséquences de la culture de masse moderne. La société du spectacle est-elle la cause de la perte de ceux qui la constituent ? Quelles que soient les circonstances, dans le vedettariat, la cause de la déchéance trouve bien souvent son origine dans le système. 

On ne saurait trop vous recommander, également, un film jumeau : le saisissant Io la conoscevo bene d’Antonio Pietrangeli, réalisé trois années plus tard, alors que l’actrice Stefania Sandrelli et son personnage semblent aussi se confondre.

Vie privée /  De Louis Malle /  Avec Brigitte Bardot, Marcello Mastroianni, Dirk Sanders, Nicolas Bataille / France / 1h43 / 1962 / Ressortie le 5 juillet 2023.

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Auteur : Lise Clavi

Lise. Fondamentalement indécise, mais de cinéma, définitivement éprise. Mon année à travailler pour des festivals cinématographiques, mon temps libre à cultiver mon intérêt pour l’actualité artistique. Décoller vers une nouvelle destination pour filmer de nouveaux horizons.

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