L’arbre aux Papillons d’or

Au cinéma le 20 septembre 2023

© Nour Films

Souvent freiné par une volonté de trop en faire, l’exercice du premier film est toujours difficile et n’incarne la plupart du temps que les prémisses d’un regard en construction. Mais parfois, pour de rares cinéastes, le miracle se produit instantanément à travers un geste d’une étonnante maturité. L’arbre aux papillons d’or fait précisément partie de ce groupe insolite. Vendu comme une longue errance de trois heures à la croisée du style de Tarkovski et Weerasethakul, le premier film de Pham Thien An – remarqué au festival de Cannes 2019 pour son court-métrage Stay Awake, Be Ready – pouvait laisser craindre le cas typique d’un premier film, cherchant désespérément à prouver sa légitimité en citant d’ores et déjà les plus grands.

Malgré l’apparente densité d’un tel objet, L’arbre aux papillons d’or frappe d’emblée par son ouverture à l’audience. Contrairement à son confrère Bi Gan, cherchant à retrouver la beauté tarkovskienne en ayant recours à de lourds dispositifs esthétiques, Pham Thien An préfère une approche plus sobre, qui amène à une découverte progressive du plan. La caméra n’est ici jamais maîtresse de l’action et sait donner de l’importance au hors-champ, renouant par la même occasion avec la pudeur de son aïeul russe, notamment au cours d’un superbe échange entre le protagoniste Thien et un ex-vétéran, d’abord filmé en plan large par l’interstice d’une fenêtre puis venant peu à peu nous faire pénétrer au cœur de la bâtisse.

Face à cette beauté évidente, notre parcours de spectateur s’apparente à celui de Thien, héros du récit devant retrouver la foi – en la religion pour lui, en l’objet “cinéma” pour nous – par une réunification avec le sublime. Apathique et distant, le jeune homme n’est plus qu’une silhouette parmi tant d’autres, dévoré par la ville et son vacarme. Le retour à la vie passe alors par le retour à la campagne, par la désertion d’un espace urbain saturé, où mort et jouissance surgissent dans la même indifférence. 

Plus que le retour à un cadre catholique – sa communauté d’origine est profondément attachée aux mœurs et rituels religieux -, la résurgence de la foi du spectateur comme de Thien se fait par un retour à l’émerveillement, du plus enfantin et irréel (les tours de magie, un arbre irréel qui donne son titre au film) au plus subtil et terre-à-terre (un coup de vent qui éteint les bougies d’une cérémonie, la surprise face à une séquence de mariage). En dépit de son discours religieux, L’arbre aux papillons d’or va bien plus loin que la simple balade pour catholiques convaincus ou à convaincre. La foi n’est ici pas seulement une histoire de religion mais de confiance, comme lorsqu’on prête des affaires à un camarade de classe, explique Thien à son neveu. C’est peut-être en cela que Pham Thien An touche à l’universel, son Arbre aux papillons d’or repose sur un simple accord de confiance – et donc de foi – pour qui voudra bien répondre à sa main tendue.

L’arbre aux Papillons d’or / De Pham Thien An / Avec Le Phong Vu, Vu Ngoc Manh, Nguyen Thi Truc Quynh, Nguyen Thinh / Vietnam, France, Espagne, Singapour / 2h58 / Au cinéma le 20 septembre 2023.

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