
Service de réanimation en pédiatrie. Marseille. Karim Dridi suit le quotidien de deux enfants dotés pour l’un d’une malformation cardiaque et, pour l’autre, d’un foie défaillant. On comprend bientôt que chaque cas nécessite une greffe. Le réalisateur prend le parti de ne filmer qu’entre les quatre murs d’une chambre d’hôpital, des couloirs blancs et bleus, dans un huis clos remplit d’amour, et de tendresse.
Il capte des parenthèses de vie en proie à l’incertitude – celle des médecins tout autant que celle de la vie de l’enfant –, à l’illusion parfois déçue de voir venir des jours meilleurs, où l’on s’accroche au moindre progrès, car l’espoir est ce qui fait tenir. C’est l’attente qui constitue le motif du documentaire : celle des dons d’organe, mais aussi des médecins, qui viennent rassurer ou inquiéter, tout autant que les longues heures du jour et de la nuit, passées au chevet de l’enfant à le bercer, à l’exhorter au courage, ou à lui expliquer, clairement, les interventions à venir.
Les protagonistes, ce ne sont ni les enfants (bien qu’ils aient une place prépondérante), ni le personnel soignant, mais bien les deux couples de parents, dont l’existence a été bouleversée par l’apparition d’une maladie. On les saisit lors d’échanges plus ou moins philosophiques sur le rôle qu’ils endossent ; d’autres plus comiques, ou touchants, voire même à la limite de l’agacement mutuel, provoqué par le manque de sommeil, l’ennui, les allers-retours entre la maison et l’hôpital, les gardes alternées pour être toujours auprès du malade.
L’esthétique lumineuse, parfois crépusculaire (de jolis levers et couchers de soleil qui inondent le ciel de leurs nappes rougeâtres) relève presque du romantisme, par ce lien indicible tissé entre le dehors (perçu au travers des vitres), la nature, et le dedans, le service de pédiatrie. Des plans qui rythment le montage par leur redondance, suggérant que la lueur d’espoir est toujours permise, même dans les moments de doute les plus profonds.
Revivre est avant tout le portrait de deux renaissances, aussi paradoxal qu’il n’y paraît, puisque les êtres souffrants viennent à peine de voir le jour ; c’est une ode à la famille et à ce qu’elle contient de soudé, de fort. Les plans serrés qui composent la grande majorité du film, proches des protagoniste, rappellent le peau à peau primaire (ici, entre une caméra et son sujet), celui qu’on refuse pourtant aux couples pour des raisons d’hygiène, de sécurité, et qui, les rares fois où ils ont lieu, sont entravés de câbles et de fils qui viennent découper l’image, symbole puissant de la séparation forcée qu’impliquent la maladie et les soins. C’est un documentaire comme une épopée, un parcours du combattant, mené de front par les médecins, enfants et parents.
Revivre / De Karim Dridi / France / 1h38/ Sortie le 28 février 2024.