La salle des profs

© Alamodefilm

Après deux prix à la Berlinale dans la sélection Panorama, les prix du meilleur film de l’année 2023 et du meilleur scénario au Deutscher Filmpreis, le prix du meilleur scénario aux European Film Awards… La salle des profs de İlker Çatak est en lice pour les Oscars ce dimanche 10 mars, dans la catégorie « meilleur film étranger ». S’il a des adversaires de taille, le thriller allemand mêle habilement et de manière déroutante les sujets de société actuels au sein d’un établissement scolaire.

Dans un collège de province, alors que les élèves sont surveillés de manière infondée pour des vols d’argent, des effractions semblent sévir au sein du corps enseignant. Le récit de La salle des profs s’établit autour de Madame Nowak (Leonie Benesch), professeure principale d’une classe de cinquième. Elle est contrainte de coopérer avec les mesures drastiques, classiques, entreprises par ses collègues, accusant à tort un garçon d’origine turque.

La jeune enseignante, nouvelle arrivée dans l’école, s’oppose en tout point à ces pratiques. Sa tendance va vers une méthode d’éducation bienveillante, prônant le dialogue, la liberté de choix, l’apprentissage par le jeu et l’entraide. Et si les élèves n’étaient pas les fautifs ? Après avoir été témoin de vol de la part de certains de ses confrères, Clara Nowak décide un jour, dans la hâte, et alors que retentit la sonnerie, de laisser son ordinateur et son porte-feuille en salle des profs, caméra allumée. Que le trompeur soit trompé !

Quelle était cette pulsion ? Si lors d’un cours de mathématiques, Madame Nowak expliquait à ses élèves de manière moraliste que l’important n’est pas d’affirmer une idée mais de pouvoir l’expliquer, dans les faits, elle peine dans la mise en pratique de ses convictions. Sa nature humaine aurait-elle pris le dessus sur ses grandes idées ? À l’ère où les images dénoncent, la professeure se croit protégée et invincible, alors armée du plus gros moyen de défense de l’homme moderne : un enregistrement vidéo.

Mais les images se dérobent à leur fonction de preuve. Si l’effraction est filmée, aucun visage n’est capté. Le droit à l’image et la liberté de la vie privée sont autant d’aspects insoupçonnés qui font à présent surface. La justicière glisse dans les abîmes d’une affaire impliquant bien plus de sujets que le voleur et le volé. Le collège de La salle des profs devient alors le théâtre de notre société. Les enfants et leurs parents agissent avec la même incorrection et insolence, entre justice, rébellion et violence. Cette leçon digne d’une fable de La Fontaine vaut bien un fromage – ou un Oscar – , sans doute ?

La salle des profs / de İlker Çatak / Avec Leonie Benesch, Michael Klammer, Rafael Stachowiak / Allemagne / 1h39 / Sortie le 6 mars 2024.

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Auteur : Lise Clavi

Lise. Fondamentalement indécise, mais de cinéma, définitivement éprise. Mon année à travailler pour des festivals cinématographiques, mon temps libre à cultiver mon intérêt pour l’actualité artistique. Décoller vers une nouvelle destination pour filmer de nouveaux horizons.

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