Camping du lac

Champs-Elysées Film Festival 2024

© Norte Distribution

Un personnage dont on ne sait (et saura) rien conduit vers l’Ouest, espérant arriver jusqu’à la mer. Le film d’Eléonore Saintagnan est baigné d’une lumière estivale, mais la température monte si vite que de la fumée commence à s’échapper du capot… À défaut de la mer, la protagoniste se retrouve coincée au bord d’un lac.

La Bretagne et le blues, il fallait y penser ; Eléonore Saintagnan l’a fait. La réalisatrice est aussi l’actrice qu’on ne voit que très rarement, ou de loin. Elle est une figure un peu floue, difficilement identifiable. Une inconnue et une anonyme qui se rend au camping du lac. Ce qui nous guide parmi les caravanes, c’est surtout sa voix. La réalisatrice-actrice est avant tout narratrice. Elle nous présente le cowboy du camping et son banjo, la coiffeuse et ses volailles, l’homme à tout faire et sa machine à tatouer.

La protagoniste évoque des moments d’enfance passés dans un camping : elle et tous les autres s’observent, s’écoutent. Elle aurait aimé avoir des petites figurines de ses voisins pour jouer avec. Or c’est exactement ce que sont les personnages d’Eléonore Saintagnan : de précieuses figurines, poussiéreuses à force d’être restées sur la même étagère trop longtemps, mais que l’on ose pas bouger par peur de les briser.

Ces personnages atypiques, au charme désuet cohabitent gaiement au camping du lac. Ce qui les lie est un être invisible. Comme le monstre du Loch Ness, il y a le poisson du lac. Car qui dit camping dit mythes et légendes. D’un miracle catholique advenu non loin, on peut faire une histoire d’horreur à raconter au coin du feu ou bien une attraction touristique. La narratrice observe avec une distance perplexe ou admirative les rapports des personnages à ce Big Fish breton : celle qui jouit de sa présence, celui qui s’en effraie, celui qui le monnaye. Autour du poisson se créent un ballet de cannes à pêche et un hymne de feux d’artifices marins.

Eléonore Saintagnan crée constamment un décalage entre son sujet et sa façon de le traiter, prônant la légèreté et faisant l’éloge de la bizarrerie. Avec une mise en scène simple et une voix-off qui n’a d’autre but que d’énoncer, elle (ra)conte ces personnages et ce lieu. Elle filme avec humour les rencontres et décrit avec bienveillance les retrouvailles. Une rareté cinématographique parfaitement appropriée à un été pluvieux…

Camping du Lac / de Eléonore Saintagnan / Avec Eléonore Saintagnan, Anna Turluc’h, Jean-Benoît Ugeux, Rosemary Standley, Wayne Standley / 1h10 / France / Champs-Elysées Film Festival 2024 / Sortie le 26 juin 2024.

Avatar de Inconnu

Auteur : Chloé Caye

Rédactrice en chef : cayechlo@gmail.com ; 0630953176

Laisser un commentaire