
À travers ses grands buffets festifs, riches en rires et en effervescence, sur fond de tubes hivernaux, les premières vignettes de Noël à Miller’s Point se rattachent à un certain imaginaire publicitaire, déjà présent dans Ham on Rye, teen-movie sous modèle Linklater passé à la moulinette de l’étrangeté lynchienne.
À l’inverse d’un certain cinéma satirique, les images filmées par Tyler Taormina sont toujours saisies au premier degré. Le langage quasi-commercial qui se déploie dans Noël à Miller’s Point n’est jamais empreint de cynisme ; au contraire, la capacité d’émerveillement d’une telle forme est embrassée de bout en bout, les éclairages festifs comme les bonbons acidulés regagnant leur magie enfantine. C’est dans les interstices que se cache l’amertume qui nourrit le cœur du projet.
Au fil du récit, Noël à Miller’s Point trouve sa beauté dans une tristesse diffuse, individualisant peu à peu la communauté pour mieux en cerner les failles. Deux figures burlesques de policiers admettent à demi-mots leurs sentiments, une parade de pompiers laisse place au silence, un oncle qui se révèle écrivain meurtri : chaque protagoniste trouve sous l’archétype du film de Noël de nombreuses ambiguïtés. La mélancolie de ses portraits n’est pourtant jamais évidente ; elle émerge au détour d’un plan, d’une expression faciale ou d’un regard, entre quelques instants sincères de bonheur.
Plus que de filmer la fin d’une époque, trope moult fois ressassé, Noël à Miller’s Point explore le vide de son propre récit et de son inconséquence. Certains enjeux persistent (la vente de la maison, une relation mère-fille tumultueuse), mais toujours en sourdine, sans conclusion notable. Le détournement passe ainsi par une forme de stase infinie et indéterminée, capable de passer d’une émotion à une autre entre et au sein même des séquences, mais ne se risque jamais à la pause, comme si Taormina craignait que l’absence de mouvements rende immédiatement définissable son objet filmique.
À l’inverse d’une certaine Chantal Akerman, dont il semble clairement reprendre la filiation sans jamais parvenir à la même radicalité, on souhaiterait parfois que Noël à Miller’s Point avorte pleinement le vignettage publicitaire et son effervescence esthétique pour enfin laisser parler le silence des banlieues enneigées.
Noël à Miller’s Point / de Tyler Taormina / avec Matilda Fleming, Michael Cera, Francesca Scorsese, Gregg Turkington, Elsie Fisher / 1h46 / États-Unis / Sortie le 11 décembre 2024.