Un parfait inconnu

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© Disney

Un parfait inconnu est certainement à la hauteur de son titre. À l’instar de Todd Haynes, qui signait I’m Not There il y a dix-sept ans, James Mangold n’ambitionne pas de percer le mystère qu’est Bob Dylan. Le cinéaste, déjà aguerri dans l’art du biopic, choisit avec Un parfait inconnu d’explorer la transformation de Robert Zimmerman en Bob Dylan en s’inscrivant dans les rouages classiques du genre qui visent à venir cueillir le succès d’une légende naissante.

Inspiré de la biographie Dylan Goes Electric! d’Elijah Wald, parue en 2015, le film retrace l’ascension fulgurante du musicien originaire du Minnesota qui s’étend précisément de son arrivée en 1961 à New York en auto-stop à l’âge de 19 ans, jusqu’à cet instant charnière où, sur la scène du Newport Folk Festival en 1965, il électrifie sa guitare et se libère du carcan de troubadour folk, provoquant l’ire d’une partie du public. En choisissant de dépeindre cette évolution musicale, le film esquisse le portrait d’une génération en effervescence, prête à contester l’ordre établi et à embrasser le changement. Moins qu’un affrontement entre tradition et modernité, ou encore une rébellion contre des institutions jugées archaïques, cette transition opérée par Dylan au mitant des années 60 s’inscrit dans une démarche délibérée de changer de braquet musical. C’est que le chanteur se déprend du conformisme de la variété où l’on cherche à séduire son public en lui offrant des morceaux qui garantissent son retour en masse. Il est de ceux qui se réinventent et explorent sans faille son propre matériel pour en tirer une expérience constamment novatrice. Le film s’attache à saisir la fièvre de son inspiration débridée tout en explorant la manière dont il compose avec la singularité de son génie.

Dès son arrivé dans le Greenwich Village agité des débuts des sixties, le jeune chanteur amorce déjà la construction de son propre mythe, se proclamant orphelin et entreprenant de rencontrer son père spirituel, Woody Guthrie. Écartant toute tentation hagiographique, le film dresse un portrait nuancé du chanteur, mettant en lumière sa propension à la fabulation et, loin de se livrer pleinement, le chanteur cultive un jeu de dupes, où le travestissement du réel devient un moyen de contrôle sur son propre récit. À l’image d’un trou noir qui s’étend inexorablement à mesure qu’il multiplie les tournées, il s’affirme comme une figure en pleine expansion, profondément attaché à sa liberté créatrice, quitte à heurter les sensibilités de ses plus fervents adeptes, gardiens inflexibles de l’orthodoxie folk.

Si le film se conforme aux schémas attendus des biopics hollywoodiens traditionnels, notamment à travers les romances prévisibles et des apparitions parfois envahissantes de figures célèbres, il adopte néanmoins une posture respectueuse face à l’œuvre de Dylan qui doit à la performance de Timothée Chalamet. Parfois tenté d’en faire trop dans sa représentation de la nonchalance physique de Dylan, l’acteur se montre cependant pleinement convaincant dans les scènes musicales, transcendant autant son interprétation que son personnage.

Un parfait inconnu / De James Mangold / Avec Timothée Chalamet, Elle Fanning, Edward Norton, Monica Barbaro / 2h20 / États-Unis / Sortie le 29 janvier 2025.

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