Le son des souvenirs

Actuellement au cinéma

© Universal Pictures

Chaque décennie environ, Hollywood se réinvente par ses acteurs stars. Sang neuf, les nouvelles têtes d’affiches servent autant à remplir les salles qu’à recevoir des prix en arborant fièrement les vêtements d’une marque de luxe. Josh O’Connor et Paul Mescal, les deux stars qui nous intéressent ici, sont arrivés au bon moment. Propulsés tous deux du petit au grand écran, ils portent de rôle en rôle, de modestes en grandes productions, une image de marque. Celle d’une masculinité fragile, d’un corps rocailleux et athlétique mais cachant fissures et blessures en tout genre. Du rôle le plus réussi, The Mastermind, en passant par le pire, Hamnet, leurs visages inondent les rues, les gares et les téléphones. Leur confrontation était alors tout attendue. Confrontation ? Non, plutôt leur fusion, le frôlement de leurs deux images. Car ici, dans Le son des souvenirs, la confrontation s’évite. Hors de question de créer une guerre d’ego à la Belmondo-Delon, Stallone-Lundgren, ou, son autre variante, Stallone-Russell. L’un chante (Paul Mescal), l’autre compose (Josh O’Connor). Ils se rencontrent à l’aube de la Première Guerre mondiale sur les bancs de l’école de musique et, très rapidement, débute une passion intermittente et interrompue par les affres de l’Histoire.

On connaît la chanson

Le son des souvenirs met en scène une drôle de génération. Née au début du siècle, elle passe par l’invention du cinématographe et de la radio, deux Guerres mondiales, suivies d’une froide ; et meurt, pour les plus anciens, alors que l’URSS tombe et que la télévision s’est infiltrée dans tous les foyers. C’est en toile de fond que le film dessine les étonnements de cette génération, à laquelle appartiennent Lionel (Paul Mescal) et David (Josh O’Connor), face à l’arrivée de ces nouvelles technologies et aux bouleversements anthropologiques qu’elles ont produit.

De retour du front, en 1920, David propose à Lionel de partir dans le Nord des États-Unis une saison, un hiver, pour y récolter et enregistrer les chansons populaires, folks songs, qui se transmettent alors oralement de générations en générations. Porté par son amour, Lionel accepte. Les deux hommes partent alors, tentes sur le dos, à travers les grandes forêts et tendent leurs micros aux chanteurs locaux. Plus belle partie du film, on y voit des visages étonnés de ce système révolutionnaire permettant de garder trace de sa voix, de la matérialiser pour qu’elle ne s’efface pas dans l’air.

Memoria d’Apichatpong Weerasethakul prenait le risque de réaliser cette tâche ardue qu’est la description du son comme matière. Ici, le son demeure dans le régime des idées et ne sert qu’à parsemer la relation de Lionel et David de grandes tirades permettant de démontrer leur supérieure sensibilité sur les personnages secondaires. En somme, le son n’est pas matière, encore moins souvenirs, mais décoration scénaristique, description de personnage, simple élément de l’intrigue.

Ce Son des souvenirs cherche à épaissir la relation entre David et Lionel qui se dessine tout au long du film par ellipses et non-dits. Tout en retenue, Olivier Hermanus n’oppose pas l’amour des deux hommes aux obstacles moraux et judiciaires de leur époque. Reste à savoir si cette retenue est affaire d’épure ou de pudeur, de subtilité ou de puritanisme. L’enfoncement du film dans un ampoulé mélodrame penche du mauvais côté, et atteint son apothéose lors du dernier segment. Lionel, quatre-vingts ans passés, semble heureux, bien qu’encore hanté par le souvenir de cet hiver avec David. Dans ces dernières minutes, les nœuds se défont, les questions trouvent réponses, la tension se relâche. Le spectateur, alors, est invité par la musique et les larmes de David à laisser couler les siennes ; unique et inévitable conclusion à ce mélodrame trop timide.

Le son des souvenirs / D’Olivier Hermanus / Avec Paul Mescal et Josh O’Connor / États-Unis / 2h09 / Sortie le 25/02/2026.

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