Consent

Harold Pinter Theatre

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Clare Foster (Zara), Stephen Campbell Moore (Edward) et Lee Ingleby (Tim) © Johan Persson

La pièce écrite par Nina Raine en 2017 avait connu un grand succès lors de sa première production au National Theatre la même année. Elle est ce mois-ci reprise au théâtre Harold Pinter pour dix semaines seulement. L’auteur britannique met en scène deux couples mariés Jake et Rachel d’un coté, Edward et Kitty de l’autre. Au quatuor d’amis s’ajoutent Zara et Tim. La plupart travaille ensemble dans le monde de la justice et vont être confrontés à Gayle, une jeune femme victime de viol. Cette affaire va être le point de départ de plusieurs débats mouvementés au sein du groupe. Leurs vies personnelles commencent alors à tomber en morceaux sous les répercussions de leurs problèmes professionnels. Les personnages voient leur certitudes se détruire et sont mis au défi d’avoir assez de courage pour se remettre en question. 

Un titre tel que « Consent » (consentement) fait rapidement écho à un thème énormément traité dans l’actualité. Il est alors facile de penser qu’une pièce sans grand intérêt aurait pu profiter du contexte polémique pour se prétendre pièce « choc » sur un sujet aussi important. Consent n’est en aucun cas une pièce au caractère démagogique, qui aurait pour simple visée de cueillir le public avec des faux semblants engagés et moralisateurs. Nina Raine part du simple, mais problématique, fait que le viol est toujours le crime le plus débattu devant les tribunaux. Elle place alors ses personnages au milieu d’une véritable expérience humaine : elle dissèque la façon dont ils se voient et sont vus par les autres. Vie sexuelle, vie de famille et amour d’une part; justice et morale de l’autre. Cette mise en commun de questionnements universels et de sentiments intimes donne à la pièce un fond doublement intéressant. Cependant, elle ne condamne pas ses personnages, tout comme elle ne les excuse pas. Chaque spectateur est entièrement libre de se faire sa propre opinion des protagonistes.

Consent est une immersion dans la vie de couple du 21ème siècle et les compromis qu’elle requiert. L’auteur joue avec la notion de vérité et avec les émotions de ses personnages. Elle teste leurs croyances, jusqu’à ce qu’ils doutent de leur convictions les plus fortes. Elle confronte vie professionnelle et privée. La pièce pousse à la reflexion sans jamais paraître pédante, elle est marquante sans jamais être prétentieuse. Le texte est intelligent et chaque personnage est intéressant et crédible. Une ambiance intime et sincère est créée par le decor, épuré mais suffisant. Le Harold Pinter se transforme en salon londonien et le public a l’impression de retrouver un groupe d’amis qu’il a toujours connu. La mise en scène de Roger Michell vient soutenir le texte avec une grande simplicité et chaque personnage s’approprie la scène à sa manière.  

Ces derniers sont interprétés par un groupe de comédiens, tous plus impressionnants les uns que les autres. Le très bon Adam James, déjà présent lors de la production au National Theatre, incarne Jake. Il est rejoint par Sian Clifford, qui joue sa femme Rachel, à la repartie tordante. Le deuxième couple est interprété par Claudie Blakley, très touchante en Kitty et Stephen Campbell Moore poignant et glaçant en Edward. Le groupe est complété par la sensationnelle Heather Craney ainsi que les parfaits Clare Foster et Lee Ingleby. Nous avons eu la chance d’assister à la troisième des « previews » (courte période durant laquelle l’équipe artistique et créative se sert des réactions du public pour les dernières retouches avant la première représentation officielle), à l’issue de laquelle Stephen Campbell Moore nous confiait que lui et les autres comédiens commençaient à peine à trouver leur marques et continuaient toujours d’explorer de nouvelles possibilités de jeu. On ne peut alors qu’espérer que les performances à suivre seront tout aussi fraîches et réussies.

Consent est en effet une pièce à voir mais aussi à revoir, car on y découvre toujours quelque chose de nouveau. C’est une oeuvre d’une grande importance et d’une force monumentale. Une belle manifestation de ce que le théâtre peut accomplir : non pas de répondre à une question, mais d’inviter à se la poser.

Consent écrit par Nina Raine / Mise en scène de Roger Michell / Avec Stephen Campbell Moore, Adam James, Sian Clifford, Claudie Blakley, Heather Craney, Clare Foster et Lee Ingleby / Du 11 mai au 11 août 2018

Auteur : Chloé Caye

cayechlo@gmail.com

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