Rencontre avec : Dominique Choisy, Mickaël Pelissier et Johnny Rasse

Réalisateur et scénariste / Acteurs

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Mickaël Pelissier (Balthazar) et Johnny Rasse (Géraud) © Optimale Distribution

À l’occasion de la sortie de Ma vie avec James Dean (lire la critique), nous avons rencontré les deux acteurs principaux du film Johnny Rasse et Mickaël Pelissier, ainsi que le scénariste et réalisateur Dominique Choisy.

Comment est née l’idée du film ? 

D. C. : C’est né d’un autre projet que je n’ai pas fait. J’ai rencontré Johnny quand il faisait une pièce de théâtre dans laquelle je l’avais trouvé formidable. Je lui avais proposé un petit rôle dans Les Fraises des bois et j’avais envie de retravailler avec lui. J’étais en train d’écrire un film qui devait se passer en Argentine mais ça prenait beaucoup trop de temps, alors, un jour Johnny m’a dit qu’il en avait marre de ma fresque argentine. À ce moment, j’accompagnais Les Fraises des bois en province donc je lui ai dit : « Mais qu’est ce que tu veux que je t’écrive ? L’histoire d’un réalisateur qui accompagne son film ? » Il m’a répondu que ça pourrait être une bonne idée et je lui ai dit que c’était n’importe quoi ! Plus loin dans la conversation, il m’a dit qu’il allait souvent au Tréport et qu’on l’appelait le James Dean du Tréport, ça m’a beaucoup marqué. Quand je suis rentré de notre pot j’ai tout de suite commencé à écrire Ma vie avec James Dean, alors que je m’étais juré de ne jamais faire un film sur le cinéma, je trouvais que tout avait déjà été fait !

Mickaël, Johnny, qu’est-ce qui vous a donné envie dans ce projet  ? 

J. R. : L’onirisme qui s’en dégage, le Tréport, la manière dont il parle du théâtre et l’imbrication de l’histoire. Si l’on retire un personnage cela ne tient plus debout. C’est des valeurs que l’on trouve un peu chez Shakespeare, par exemple dans Le Songe d’une nuit d’été, si on retire un personnage tout le rouage est cassé, je suis toujours fasciné par ça. 

M. P. : Je crois que c’est la manière dont je me suis retrouvé sur le projet qui a été assez amusante. Dominique m’avait vu jouer à la fac d’Amiens en 2012. Je ne l’ai su que six mois plus tard alors que j’envoyais des mails pour travailler. Je lui envoie donc un portrait et un CV et il me dit que ça fait six mois qu’il me cherche ! J’ai lu le scénario et ça m’a plu tout de suite, le rôle de Balthazar est très touchant. C’est un petit gars qui vit dans son cocon et qui découvre la vie.

D. C. : Oui, Mickaël faisait un happening dans les escaliers de la fac où j’enseignais et il m’avait vraiment tapé dans l’oeil. Je me suis dit qu’il fallait que je le retrouve mais personne ne savait me dire qui il était. En fin d’année, je vais voir les travaux du conservatoire d’Amiens et il était là ! Je n’avais pas encore fini d’écrire le film donc je ne me voyais pas vraiment débarquer pour lui en parler et lui donner de faux espoirs. Puis, il s’en va, je le vois traverser la cour et je me dis que je devrais lui courir après, ça devenait tout à coup très mélodramatique ! Je suis rentré et j’étais furieux. J’ai regardé mes mails et j’en vois un de quelqu’un me disant qu’il voulait devenir comédien, je lui réponds un peu froidement que je n’ai pas de projet fini mais qu’il peut m’envoyer une photo et un CV quand même. Le lendemain, j’avais une réponse et c’était Mickaël.

Le théâtre influence-t-il beaucoup la manière dont tu réalises ? 

D. C. : Complètement. Je n’ai pas arrêté d’y penser, beaucoup de pièces sont d’ailleurs citées ouvertement. J’ai beaucoup relu Marivaux, Beaumarchais ou encore Goldoni pour essayer de trouver cette rythmique du théâtre. La théâtralité vient, pour moi, d’abord d’un traitement scénaristique. J’aime beaucoup cette idée de faire basculer des situations en une minute, avec une seule réplique qui change tout.

Johnny, c’est ta deuxième collaboration avec Dominique, qu’est-ce qui te plaît particulièrement dans son travail ?

J. R. : J’adore quand il me parle de cinéma. Il m’a beaucoup aidé à être l’acteur que je suis aujourd’hui. C’est lui qui m’a fait découvrir Tarkovski par exemple donc je lui dois tout ! Quand un réalisateur te parle de films qu’il aime c’est souvent des univers que l’on retrouve dans ses propres créations. Dominique est un vrai cinéphile et il dirige les acteurs avec une entière confiance.

Mickaël, c’est ton premier long métrage quels en sont tes meilleurs souvenirs ?

M. P. : J’ai beaucoup aimé la journée de tournage en bateau. Les premiers jours ont été très compliqués parce que c’était mon premier projet, donc quand je me suis retrouvé en face de Nathalie Richard j’ai perdu tous mes moyens. Le troisième jour il y avait toute l’équipe de comédiens présente et je me souviens ne pas avoir réussi à simplement poser ma main sur la cuisse de Johnny, c’était infernal. Puis, à partir du moment où Dominique m’a dit que je devais juste être moi-même et ne pas me poser trop de questions, j’ai commencé à vraiment m’éclater !

Dominique, quand est né cet amour du cinéma ? 

D. C. : Ça a commencé quand j’étais tout petit. Je me souviens en sixième, ma mère m’avait demandé ce que je voulais faire plus tard et ne connaissant pas encore le nom je lui avais dis que je voulais être celui qui « fabrique les films qu’on voit », qu’il devait bien y avoir quelqu’un pour « fabriquer les trucs ». Je me suis ensuite renseigné et j’ai compris que c’était réalisateur que je voulais faire.

On retrouve dans le film de nombreuses références, par exemple Maxence qui est nommé après le personnage de Jacques Demy, quelle a été l’influence de ce cinéaste sur le film ? 

D. C. : Oui tout à fait, Demy est une vraie référence dans le film. Il ne s’agissait pas vraiment le citer mais j’avais envie qu’il soit présent dans la tête de tout le monde. Le personnage principal de Lola notamment a cette théâtralité dont je parlais. Anouk Aimée a aussi une intonation que je trouve très spécifique et que j’avais envie que l’on conserve. Je raccroche souvent les noms des mes personnages à des choses qui ont un sens pour moi, même si le spectateur ne s’en rend pas forcément compte. Maxence c’est aussi une chanson que Bertrand Belin, qui a composé la musique du film, connaît bien car c’est l’une des premières qu’il a chantées.

Mickaël, Johnny, possédez-vous des points communs avec vos personnages ?

M. P. : À ce moment là, beaucoup oui. Notamment par rapport à cette envie qu’il a de découvrir le monde extérieur. Quand Dominique m’a proposé le film, j’avais dix-neuf ans donc j’avais vraiment cette même curiosité que Balthazar.

J. R. :  J’essaie toujours de trouver des points communs avec les personnages que je joue. Chez moi il y a du Géraud, c’est évident. Il est par exemple beaucoup plus timide que moi mais je suis quand même réservé au fond, sauf que dans ma vie j’ai dévié de cette timidité. Donc en lisant ce scénario et en voyant cet univers j’ai tiré ce trait à l’extrême. Il y a aussi de grandes différences. À la première lecture du scénario, je me suis dit que Dominique avait fait n’importe quoi, que ce personnage n’était pas moi du tout, puis j’ai creusé. Sur la création du personnage il s’est passé un truc extraordinaire. Au début, je ne trouvais pas la clef de Géraud, ça ne fonctionnait pas. Puis je me suis demandé quel était son rapport à l’enfance, c’est quoi James Dean pour lui ? Moi, depuis tout petit je dessinais des oiseaux, c’était ma passion. Alors j’ai réalisé qu’en fait Géraud aussi était fasciné : il connait James Dean de fond en comble. J’ai effectué un lien entre nous deux en me disant que la clef était certainement cette fascination pour quelque chose. Donc j’ai mélangé les deux et je me suis mis à dessiner James Dean. 

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Johnny Rasse (Géraud) © Optimale Distribution

Ma vie avec James Dean est actuellement au cinéma

Propos recueillis par Chloé Caye les 15, 18 et 19 décembre 2018 à Paris.

Auteur : Chloé Caye

cayechlo@gmail.com

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