Beau-père

Rétrospective Patrick Dewaere

 

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Patrick Dewaere (Rémi) et Ariel Besse (Marion) © A2 / Sara Films

Beau-père fait partie de ces films qu’il serait impossible de réaliser aujourd’hui : Rémi, un pianiste de club se rêvant grand musicien, voit les attentions de sa femme s’estomper de jour en jour. Lorsque celle-ci est victime d’un accident de voiture, il se retrouve seul avec sa belle fille de quatorze ans, folle amoureuse de lui. 

Le film de Bertrand Blier ne traite pas plus d’amour et de sexe que de solitude. Il ne se rabaisse jamais ni au voyeurisme ni à la complaisance, il accompagne les personnages avec délicatesse, contrastant avec des dialogues crus et drôles. Il s’amuse avec le point de vue, proposant des séquences narrées par le personnage principal. La relation est en réalité prétexte pour nous donner à voir un homme, un peu perdu, qui tente de donner du sens à sa vie. Ce personnage pathétique n’en est pas pour le moins considérablement attachant, notamment grâce à l’interprétation désarmante, drôle et tendre de Patrick Dewaere (mettant à profit son spleen habituel). Rémi, qui n’a jamais su s’imposer, se retrouve ici confronté à Marion, mature et décidée. Ariel Besse, captivante et impétueuse, âgée de seulement quinze ans, interprète la jeune fille.

La rencontre de cette témérité fougueuse avec cette culpabilité morale donne lieu à des séquences tout à fait hilarantes. Blier met en scène avec une incroyable sensibilité l’ambiguïté et les manifestations du deuil et du désir à travers deux entités opposées. Le spectateur ressent avec aisance de l’empathie pour ces personnages accaparés d’angoisses, de doutes et de pulsions. Ces deux êtres sont seuls, l’un abandonné par sa femme, l’autre par son père, qui vont s’utiliser et s’aimer pour survivre. 

C’est cette nécessité de la relation qui nous est exposée bien plus que ses répercussions. Aspect reflétant d’ailleurs tristement l’état personnel de l’interprète du film qui, se rappelle Blier, « commençait à aller mal et avait besoin qu’on soit près de lui » (il se suicidera un an après le tournage du film). Pourtant ces relations qui ont pour unique objectif de faire oublier et guérir, laissent des séquelles marquantes que quelqu’un d’autre devra ensuite accepter et soigner. Cette nature cyclique de la dépendance est représentée dans une ultime séquence troublante. Beau-père reste un film fascinant sur ce besoin constant d’être sauvé par ce que nous trouvons désirable, en dépit de toute rationalité. 

Beau-père de Bertrand Blier / Avec Patrick Dewaere et Ariel Besse / 1981 / Actuellement au Champo

Auteur : Chloé Caye

cayechlo@gmail.com

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