Dracula

Disponible sur Netflix / Diffusée sur la BBC

Dracula - episode 2
Claes Bang (Dracula) © Netflix / BBC

Revisiter les grandes figures littéraires ou historiques pour la télévision est un passe-temps qui s’est avéré productif pour Steven Moffat et Mark Gatiss. Après avoir fait apparaître ces personnages dans leurs épisodes de Doctor Who et adapté la vie de Sherlock Holmes au XXIe siècle, le duo britannique revient cette année avec leur très attendue adaptation de Dracula. 

Sur ces trois épisodes de 1h30 chacun (format qui avait fait ses preuves avec le Sherlock de la BBC mais assez inédit pour Netflix), les deux scénaristes inventent de nouvelles aventures à l’anti-héros de Bram Stoker. Le premier épisode permet une introduction classique au personnage, le deuxième fait office de transition (littéralement) entre la Transylvanie initiale et l’Angleterre et le troisième prend place (peu de surprise avec Moffat et Gatiss aux commandes) dans notre temporalité. Si la série dévie donc rapidement de l’œuvre initiale, les créateurs ne peuvent s’empêcher d’y faire référence. On retrouve non seulement à plusieurs reprises des clins d’œil amusants au pouvoir des œuvres littéraires mais aussi des personnages du roman de 1897. C’est le cas de Van Helsing, l’adversaire de Dracula qui devient ici Sœur Agatha Von Helsing, une nonne atypique passionnée par les forces obscures. Réécriture osée mais brillamment exécutée et surtout nécessaire car s’ils manifestent un amour sans fin pour le récit d’origine, Moffat et Gatiss n’arrêteront jamais de l’aborder avec une perspective moderne.

La série donne pleinement dans la représentation classique du vampire – être mystérieux et dangereusement érotique – mais propose aussi une nouvelle approche à sa dimension nostalgique. Claes Bang est un choix presque évident pour le Comte débonnaire. À la fois élégant et cruel, l’acteur danois que l’on avait découvert dans The Square en 2016 apporte au vampire une certaine familiarité tout en se démarquant des interprétations précédentes. Cette lâcheté mélancolique qui culmine dans un final frappant donne au personnage une complexité charmante sans rien enlever à son animosité ou empêcher les créateurs d’expérimenter avec le genre horrifique. Côté réalisation on retrouve dans un premier temps ce même besoin de références : quelques trouvailles visuelles macabres (des gros plans sur une mouche se posant sur un œil ouvert avant de disparaître sous sa paupière) sont juxtaposées à des scènes donnant pleinement dans le kitsch (des plans d’ensemble nous donnant à voir l’ombre d’un Dracula grandiloquent dans son château gothique). Si ce jeu sur les contrastes est à l’origine de séquences visuellement intéressantes, il devient finalement trop extrême. Le changement brutal d’ambiance visuelle sur les trois épisodes, certes dû au bouleversement de la temporalité du récit, altère la mise en place de l’intrigue et crée un manque de cohésion sur l’ensemble de la série. L’ultime épisode réunit à lui seul tout le meilleur et le pire du style Moffat / Gatiss et de leur collaboration avec le réalisateur Paul McGuigan. Après un premier épisode très prometteur et un deuxième manquant de rythme, cette dernière partie survient comme un choc qu’il est difficile d’expliquer. Regardons-nous une adaptation référencée ou une modernisation drastique ? Compliqué de le savoir. 

Malgré cette disparité dont l’œuvre pâtit énormément, la série reste dotée d’éléments intrigants. Cette envie de comprendre la figure emblématique de Dracula entraîne la création d’un fil conducteur sous forme d’intrigue policière. Excuse narrative ingénieuse pour donner lieu à des séquences hilarantes dans lesquelles les théories et légendes autour des vampires (le soleil, leur reflet dans un miroir, la peur du crucifix, un pic à travers le cœur, etc…) vont être mises à l’épreuve par le biais du personnage d’Agatha Von Helsing. La fan du vampire se retrouve enfin face à lui et va pouvoir démêler le mythologique du réel. Si Dracula n’est mis en relation directe avec le XXIe siècle que lors du dernier épisode, Agatha est une parfaite représentation d’un personnage moderne dans un contexte daté. C’est la géniale Dolly Wells qui donne la réplique à Claes Bang et qui dote son personnage – typique du duo Moffat / Gatiss (rappelant Irene Adler ou River Song) – d’un sens de la repartie assez déconcertant. La dynamique qui s’installe entre ce personnage inconventionnel et le protagoniste qui, au contraire, répond à une caractérisation très formatée est ce qui permet à la série de captiver. Les créateurs prouvent en effet encore une fois qu’ils excellent dans la mise en place d’une relation entre deux personnages essentiellement opposés mais unis par une admiration mutuelle et un désir plus ou moins implicite. Ces moments de confrontation sont marqués par des dialogues absolument enchanteurs dont eux seuls ont le secret.

À travers le personnage d’Agatha, ils cherchent à assouvir leur propre curiosité par rapport à cette figure de Comte on ne peut plus ambiguë. Que voudrait-on demander au célèbre vampire s’il se trouvait parmi nous ? C’est bien dans cette envie non pas tant de re-raconter le mythe mais de l’expliquer que réside tout l’intérêt du Dracula de Moffat et Gatiss. 

Dracula / De Steven Moffat et Mark Gatiss / Avec Claes Bang, Dolly Wells, John Heffernan / Grande-Bretagne / Saison 1 : 3 X 90 minutes / Disponible sur Netflix et la BBC.

Auteur : Chloé Caye

cayechlo@gmail.com

Une réflexion sur « Dracula »

  1. Je n’en suis qu’au premier épisode. Je suis moyennement conquis pour le moment. Il a la bonne idée de revenir au vampire dandy façon John Badham (et son Dracula post Saturday Night Fever), quelque chose aussi de l’élégance surannée du Dracula de la Hammer, plus qq idées étouffées dans le cercueil du chef d’œuvre de Coppola. C’est pour l’instant le scénario qui m’ennuie un peu. J’attends de voir la suite, motivé par la lecture de cet article enthousiaste.

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