Sexe, mensonges et vidéo

Rétrospective Palme d’or

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Andie MacDowell (Ann Bishop Mullany) et James Spader (Graham) © Miramax films / AMLF

En 1989, Sexe, mensonges et vidéo fait une entrée remarquée dans la sélection du festival de Cannes. Ecrit en seulement huit jours et tourné avec un budget relativement restreint, il s’agit du premier long métrage de fiction du réalisateur Steven Soderbergh. 

« Sex is overrated » déclare fermement Ann Bishop Mullany. Femme au foyer plutôt banale, elle vit dans une banlieue résidentielle de Los Angeles, suit une thérapie, rougit lorsqu’on lui parle de masturbation et ne supporte plus que son mari John la touche. Pour compenser, ce dernier fréquente Cynthia, la sœur de sa femme, bien plus extravertie. Ce manège bien rodé entre mari, femme et maîtresse est bousculé par l’arrivée de Graham, un ancien ami de John. Avec le temps, les deux hommes sont devenus on ne peut plus opposés : John est un avocat macho et Graham un homme doux et réservé. 

Alors qu’elle affirmait se désintéresser complètement de toute forme de sexualité, Ann est étrangement intriguée lorsque Graham lui annonce qu’il est impuissant. À défaut d’avoir des relations avec des femmes, Graham les filme. Au cours de ces échanges intimes, il pose des questions. Aucune confrontation physique, seulement conversationnelle. Lentement, il s’immisce dans l’inconscient d’Ann comme dans celui des femmes dont les noms figure sur ses cassettes. 

Le dévoilement de la parole devient alors aussi sensuel que celui du corps. Les mots prennent une portée tactile. La collision de ces personnages amène une gradation aussi érotique que destructrice. Soderbergh donne non seulement aux dialogues une dimension charnelle mais insiste aussi sur l’excitation que provoquent leur spontanéité et éphémérité. Les personnages cherchent effectivement constamment à se construire un cadre, ils révèrent la stabilité : le foyer aseptisé d’Ann et la collection de cassettes bien rangée de Graham sont les représentations d’une routine rassurante certes, mais aussi étouffante. C’est en abandonnant ces mécanismes de défenses rigides et en redonnant à l’imprévu sa souveraineté que les deux personnages parviennent à réellement se désirer. 

Avec Sexe, mensonges et vidéo, Soderbergh nous propose une plongée à la fois délicate et intense dans une  intimité commune. Il fait preuve d’une maîtrise impeccable, aussi bien en tant que metteur en scène que scénariste. Il dévoile un duo de personnages vulnérables et d’acteurs fascinants : l’angélique Andie MacDowell et le magnétique James Spader. Le film, en apparence plutôt simple, reste captivant à chaque instant, presque hypnotisant. Son intrigue se construit avec une fluidité douce et son rythme graduel s’accorde avec le lyrisme apposé au sujet épineux.

En remportant la Palme d’or et le prix d’interprétation masculine, Sexe, mensonges et vidéo marque la consécration d’un nouveau type cinéma indépendant américain, porté par le talent de jeunes cinéastes et acteurs ambitieux.

Sexe, mensonges et vidéo / De Steven Soderbergh / Avec Andie MacDowell, James Spader, Laura San Giacomo, Peter Gallagher / Etats-Unis / 1h40 / 1989 – disponible sur Netflix.

Auteur : Chloé Caye

cayechlo@gmail.com

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