On the rocks

Sur Apple TV+ le 23 octobre 2020

Rashida Jones et Bill Murray ©Apple TV+

On the rocks poursuit l’une des lignes tracées par Sofia Coppola dans Lost in translation (2003) et Somewhere (2010) : une exploration de la relation père-fille, que celle-ci soit détournée (le premier) ou concrètement appréhendée (le deuxième). Cette fois, c’est sous l’angle de la comédie que son duo principal trouve le prétexte d’exister. Laura (Rashida Jones), persuadée que son mari la trompe à force d’absences répétées, transmet son inquiétude à son père, Felix (Bill Murray), qui engage aussitôt un détective privé, avant d’endosser lui-même ce rôle.

L’infidélité à beau constituer le point de départ de l’intrigue, le mystère n’est pas suffisamment épais pour susciter l’intérêt du début à la fin. Le cœur du film se trouve ailleurs, du côté d’un alliage de scènes qui raconte comment les deux personnages vont profiter du soupçon pour passer quelques moments ensemble. Deux solitudes qui se rejoignent et cohabitent dans des intérieurs huppés, lors de soirées mondaines et de déambulations esthètes, où l’on parle de peinture, de passé et de rien. Ce plan fixe utilisé par Sofia Coppola dès Lost in translation qui consiste à montrer deux personnes côte-à-côte avec le regard dans la même direction trouve ici des échos très fréquents, traduisant bien l’enjeu de la présence-absence qui anime entre eux la fille et le père.

Malgré tout, Felix éclipse souvent Laura. Marchand d’art et oisif, séducteur insatiable, il incarne une misogynie old school ayant atteint un tel point de non-retour qu’il est peine perdue de contrer son point de vue – sa fille l’a bien compris. La génération des pères est bien pointée du doigt, mais jamais pour être tuée. Bill Murray excelle dans la peau de cet homme qui obtient tout ce qu’il veut sans froncer un sourcil, et traverse la vie sans buter contre les questions pratiques. Avec ces atouts de comédie mêlés à ceux d’une quête existentielle, on regrette que les dialogues n’aient tout de même pas plus de verve, et qu’ils ne soient pas signés Woody Allen, à qui l’on pense régulièrement pour la mise en scène du New York baigné de jazz que choisit la réalisatrice.

Entre le marivaudage et les situations taillées sur mesure pour son acteur fétiche, il flotte tout au long du film un esprit très léger. Ainsi se retrouve-t-on au Mexique en un clin d’œil, avec autant de simplicité que lorsque Marlon Brando emmenait Jean Semmons à Cuba le temps d’un soir dans Guys and Dolls (Joseph L. Mankiewicz, 1955). Dommage qu’à l’arrivée le chemin parcouru ne se mesure plus seulement à l’aune du lien filial retrouvé, mais aussi à son attendue résolution. Plutôt que d’être un cocktail « on the rocks », le film se déguste comme une coupe de champagne.

On the rocks / De Sofia Coppola / Avec Rashida Jones, Bill Murray, Marlon Wayans / Etats-Unis / 1h41 / Sortie le 23 octobre 2020.

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