Mandibules

Au cinéma le 19 mai 2021

Quand Jean-Gab et Manu ouvrent un coffre. ©Memento Films Distribution

Serions-nous au début du premier épisode de Twin Peaks ? Un corps inerte est étendu sur la plage. Est-ce le cadavre de Laura Palmer ? En aucun cas : c’est un type enroulé dans son sac de couchage, en train de dormir sur le sable. Il s’appelle Manu et son pote Jean-Gab vient le chercher pour une mission. Une vraie mission de mafieux : il faut remettre une valise remplie de billets à un homme mystérieux.

Au bord de cette Côte d’Azur désertée, l’air et la chaleur incitent à la paresse. Ce ne sont pas Jean-Gab et Manu qui diront le contraire. Les deux amis sont deux idiots, au sens fier du terme. Ils sont sans domicile fixe et leurs idées sont aussi vagabondes que leur façon de vivre. Pour mener à bien la fameuse mission dont ils sont soudainement chargés (une responsabilité, eux !), ils volent une voiture et découvrent une grosse mouche dans le coffre. Une idée leur vient alors : et s’ils la dressaient pour gagner de l’argent ? Et oui, comment ne pas y penser !

Après la veste du Daim, le pneu de Rubber ou le chien de Wrong, c’est au tour d’une mouche d’être le noyau de situations loufoques, un adjectif qu’il conviendrait désormais mieux de remplacer par « dupieusiennes ». L’univers est entièrement cohérent car il est implacable, motivé par sa logique interne. Les réflexions sont absurdes mais elles s’incarnent dans des lieux précis et des décisions pratiques. C’est à la fois invraisemblable et très concret, à l’instar des choses les plus simples devenant sources de commentaires hilarants (l’apparition d’un chien ou la vue d’un frigo). L’habileté de l’écriture alliée à celle des comédiens font merveille. Qu’elles tiennent du comique de situation ou de mots, de l’efficacité immédiate ou du retardement, chacune des scènes portée par la bêtise des deux amis fait mouche, résultat d’un équilibre entre la maîtrise totale et le relâchement, la désinvolture et l’excès. Grégoire Ludig et David Marsais prouvent que depuis leurs sketches au sein du Palmashow, leur alliance a tout d’un duo de cinéma. Le contre-talent de leurs personnages est complémentaire : les deux adulescents s’entraînent mutuellement dans leurs plans improbables, il n’y en a pas un pour rattraper l’autre et leur complicité reste extrêmement incluante. Quant à Adèle Exarchopoulos, elle n’a jamais été aussi surprenante et provoque le rire à partir de sa première réplique.

Voilà ce qui a toujours fait le sel des comédies burlesques : le rythme et le décalage. Quentin Dupieux les maîtrise encore une fois sans avoir perdu son identité en route, alors que celle-ci aurait pu se transformer en produit de marque. Avec ses références, des frères Coen à Steven Spielberg, il ne dérive jamais dans le pastiche. Grâce à la réinvention de ses têtes d’affiche, il ne tombe jamais dans la redite. Et en seulement 77 minutes, il nous rappelle que les blagues les plus courtes sont les meilleures. 

Mandibules / De Quentin Dupieux / Avec Grégoire Ludig, David Marsais, Adèle Exarchopoulos, India Hair, Roméo Elvis, Bruno Lochet / France / 1h17 / Sortie le 19 mai 2021.

2 réflexions sur « Mandibules »

  1. Bien vu le coup de Laura Palmer sur la plage ! Taureaux !
    Il traîne en permanence quelque chose de Lynchien chez Dupieux. Ici en nettement plus solaire tout de même.
    Moi j’ai pensé à une chrysalide, une sorte de métamorphose au milieu des vagues.

    Aimé par 1 personne

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