Les passagers de la nuit

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© Pyramide

Avec son quatrième long-métrage, Mikhaël Hers poursuit son exploration sensible du deuil.

Après Amanda où l’on suivait Vincent Lacoste à la suite de la perte prématurée de sa sœur dans des attentats, Ce sentiment de l’été qui explorait la reconstruction mutuelle d’une sœur et d’un amant après une disparition soudaine, et Memory Lane nous faisant entrevoir les adieux à un lieu d’enfance, Mikhaël Hers creuse encore son sujet avec ici le récit de la reconstruction d’Elisabeth qui vient d’être quittée par son mari et qui doit assurer le quotidien de ses deux adolescents, Matthias et Judith.

La particularité de ces récits de reconstructions réside dans un sentiment, une atmosphère qui se porte souvent par la lumière, le radieux, l’été qui vient accompagner la perte. Chez Hers il y a toujours un été après l’hiver, dans Les passagers de la nuit c’est à un printemps qu’il s’intéresse. À ces nuits froides mais douces de mars ou d’avril, avec leurs timides rayons de soleil qui finissent par s’imposer et par réchauffer. Le film nous plonge dans ces récits nocturnes d’une France des années 1980, avec sa jeunesse pour qui tout est encore possible, qui manque de se briser à chaque écart, son monde de la nuit qui échappe à la rigidité du jour, cette mouvance politique qui finira par voir la gauche l’emporter, et cet éveil d’une féminité qui s’affirme (la chanson ne dit-elle pas “femmes des années 80”?).

C’est en effet un prisme majoritairement féminin, voir même maternelle que choisit d’emprunter Hers, et qui accompagne à merveille cette douceur lumineuse qu’il sait si bien implanter. Il s’agit ici de reconstruire un foyer, un nid chaud et douillet, de savoir qu’il est possible de compter les uns sur les autres, en famille mais aussi entre femmes et pourquoi pas de réapprendre à séduire, à vivre avec les hommes. Le film finit par prendre de multiples facettes : c’est aussi la reconstitution d’une période, où images d’archives 16mm finissent par se confondre en un magma sensitif aux images du tournage, récit initiatique d’un début de sexualité masculine mais aussi chronique sociale d’une époque où tout change vite, où il faut vivre chaque instant.

Plus qu’un simple cadre, les années 1980 installent une ambiance, une aura dont on s’imprègne pour mieux cerner nos compagnons protagonistes. Au fond, nous sommes les passagers de la nuit obscure de la salle, guidés par des interprètes tous plus sensibles et touchants les uns que les autres.

Les passagers de la nuit / De Mikhaël Hers / Avec Charlotte Gainsbourg, Quito Rayon Richter, Noée Abita et Emmanuelle Béart / France / 1h51 / Sortie le 4 mai 2022.

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