Hit the road

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© Pyramide

Le premier film de Panah Panahi est une sublime traversée motorisée. Nous occupons le cinquième siège de la voiture d’une famille iranienne parcourant son pays. Le père, une jambe dans le plâtre trônant au cœur du véhicule, est installé à l’arrière accompagné de son plus jeune fils. La mère est sur le siège passager et le frère aîné conduit. Si la raison et les enjeux de ce voyage demeurent inconnus pour le spectateur – l’influence d’Abbas Kiarostami est manifeste dans la manière de garder secrète la quête principale du récit mais également dans la composition des plans et le traitement des personnages voire même dans la déambulation automobile – nous le comprenons, il s’agit de leur dernier voyage ensemble alors que le fils s’apprête à décrocher sa ceinture familiale et trouver son propre espace pour stationner. 

La scène d’ouverture, profondément envoûtante, enclenche le contact sur quelques notes de piano qui prennent le pas sur la réalité bruyante d’une aire d’autoroute. Le petit garçon reproduit la mélodie que nous entendons sur les touches d’un clavier dessiné au feutre sur le plâtre de la jambe de son père. La légèreté de la musique s’oppose à la rigidité de l’objet qui sert d’instrument au jeune garçon. Car si dans ce film les adultes semblent immobilisés, voir s’immobiliser eux-mêmes dans des moules, nous épousons le regard naïf et libre d’un enfant sur le monde, alors que la musique que nous entendons n’est diégétique que dans l’imaginaire de ce dernier.

Le jeune homme resplendit par sa spontanéité et son énergie débordante, s’extirpant en permanence de l’habitacle par le corps ou par l’esprit. La musique est le seul moyen offert aux personnages de purger leurs émotions. Mais comme s’ils avaient le souffle coupé ou l’incapacité de s’exprimer librement, les membres de cette famille sont réduits à donner l’illusion de le faire. La famille remorque son petit garçon loufoque et désinvolte vers la retenue. Le chant criant, bien qu’en playback, du jeune enfant sur l’épaule de sa mère in extremis expose-t-il les artifices du début de son chemin vers le conformisme ?

Alors que les traces indélébiles laissées par un enfant sur la vitre d’une voiture de location sont le signe que l’on peut gravir des montagnes : peut-être le modèle à suivre est-il celui de la nouvelle génération ?

Hit the road / De Panah Panahi / Avec Hassan Madjooni, Pantea Panahiha, Rayan Sarlak, Amin Simiar / Iran / 1h33 / Sortie le 27 avril 2022.

Auteur : Lise Clavi

Lise. Fondamentalement indécise, mais de cinéma, définitivement éprise. Mon année à travailler pour un cycle de festivals cinématographiques, mon temps libre à cultiver mon intérêt pour l’actualité artistique. Décoller vers une nouvelle destination pour filmer de nouveaux horizons.

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