Amore

Théâtre du Rond-Point

© Del Pia

Portugal, Angola, Cap-Vert. Trois espaces, cultures et peuples à travers lesquels Pippo Delbono examine les racines de l’acte d’aimer. Car ce n’est pas tant l’amour en soi qui fascine le metteur en scène mais ce que l’humain en a fait : une idée, un idéal, un besoin, jusqu’à une maladie.

Sur la scène du Théâtre du Rond-Point, le metteur en scène italien assimile l’acte d’aimer à celui de la création artistique. Dans les deux cas, c’est le geste qu’il désire montrer. Le geste d’amour en est un verbal, dansé ou chanté. Le geste théâtral est celui qui, sur le plateau, projette ces vers, rythme ces chants et éclaire ces danses. Et Delbono manie la scénographie comme personne : sa minutie se remarque à la perfection des mouvements scéniques. Son sens du cadre, du vide et des lumières donne vie à un livre d’images rêvées qui semblent défier les aspects les plus techniques de la performance théâtrale. Tout se fait et se défait avec facilité. L’amour et son absence, l’amour et son contraire : c’est une affaire de représentations. Les mots des poètes se mêlent aux airs de guitare et chants du Fado au sein d’une chorégraphie de plus en plus endiablée, enivrante. Le rouge vif du décor commence à se fondre avec celui des fauteuils des spectateurs. Ces compositions de lumières, de sons et de mouvements provoquent une perte de repères sensoriels qui facilite l’état de stupeur. Et quelle stupeur !

Le metteur en scène précipite ses interprètes vers une folie dévorante. Les rythmes deviennent erratiques, les paroles se hurlent, les danses se heurtent. À la succession des tableaux, Pippo Delbono préfère leur juxtaposition. Il donne alors naissance à une fresque aussi chaotique que sublime. L’amour ne se cantonne plus aux murs qui enferment le plateau. Il n’est plus mis en scène, il n’est plus contenu, il doit être exorcisé par sa révélation la plus totale. L’acte d’aimer – joie ou douleur – doit être purgé : par  les saignements aux mains des guitaristes, transpiration aux corps des danseurs ou la salive aux lèvres des acteurs.

C’est depuis la salle que le metteur en scène regarde, narre. Puis dans un élan aussi désespéré qu’apaisé il fait son ultime geste. Un geste simple mais certainement pas anodin ; d’amoureux et d’artiste. Un geste qui achève de lier les caractères tout à fait essentiels, pour ne pas dire vitaux, de l’amour et du théâtre.

Amore / de Pippo Delbono /Avec la compagnie Pippo Delbono / 1h / Du 6 au 18 septembre 2022 au Théâtre du Rond-Point.

Auteur : Chloé Caye

cayechlo@gmail.com

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