Festival du film britannique 2022

33e édition

Emily de Frances O’Connor © Wild Bunch

Dinard a du Royaume-Uni le climat mais aussi parfois, pendant une semaine en septembre, les films. Les équipes et leurs œuvres traversent la manche, de la côte britannique jusqu’à la côte bretonne. Cette année avait lieu la 33ème édition du festival du film britannique et nous y étions.

Si les films en compétition n’avaient à première vue rien en commun, ils s’assemblent lorsque envisagés à travers le talent de leurs interprètes. Le prix du jury et du public reviennent tous deux à Emily de Frances O’Connor, pour lequel Emma Mackey remporte également celui d’interprétation. Les performances d’acteurs sont cette année synonyme de réussite pour les films présentés ; le meilleur film étant donc indissociable de la meilleure interprétation. Qu’est-ce qu’Emily si ce n’est celle qui, pour quelques heures, donne corps à ce titre ? Plus que des films, ce sont des acteurs que cette 33è édition a mis à l’honneur.

Il n’est alors pas étonnant que le jury, présidé par José Garcia, se voit dans l’obligation de créer un prix spécial pour récompenser la meilleure équipe de comédiens, le prix d’ensemble, ou d’interprétation collective. En anglais, le terme « ensemble » définit au théâtre les comédiens qui n’interprètent pas les protagonistes mais tous les autres, ils se doivent de connaître les textes de chacun afin de pouvoir endosser, au pied levé, n’importe quel rôle. Leur talent en est un d’adaptation, de substitution, et d’apparition spontanées. Ce prix d’ensemble revient à All my friends hate me d’Andrew Gaynord. Le film se construit effectivement autour de ce groupe de comédiens qui s’expose à des joutes verbales, qui se confrontent et se rassurent. Inséparables. Les relations amicales y sont exposées dans toute leur complexité, dans toute leur absurdité mais surtout dans toute leur nécessité. Mais ce prix d’ensemble, n’aurait-il pas pu aussi bien revenir à Pirates de Reggie Yates et son trio indissociable, jeune et impétueux ? Ou bien Winners de Hassan Nazer et ces habitants iraniens qui se lancent dans une quête rendue possible par une passion commune ? Que serait, par ailleurs, The Almond and the Seahorse de Celyn Jones & Tom Stern sans la complicité émouvante et forte de Charlotte Gainsbourg et Rebel Wilson ? Le dénominateur commun de cette sélection semble être, même s’il ne fut pas verbalisé, un désir de célébration des acteurs et de leurs personnages, de ce qui les lie et les délie.

Cette 33ème édition porte aussi une attention particulière au cinéma irlandais. Si la séance événement autour de laquelle cette programmation s’articule – à savoir Les Banshees d’Inisherin de Martin McDonagh – est une déception, c’est là où on ne l’attendait pas, que le cinéma irlandais convainc et conquiert. Effectivement, malgré une maîtrise évidente de l’art des dialogues et une direction d’acteur impeccable, Martin McDonagh peine à surprendre. L’adaptation filmique de sa pièce ne présente finalement pas plus d’interêt que sa mise en scène théâtrale. Cette transposition cinématographique ne parvient jamais à entièrement justifier son existence. Moins attendu mais plus mémorable est le film It is in us all, d’Antonia Campbell-Hughes. La cinéaste filme les paysages irlandais pour en révéler leur composante mystique, inquiétante, imposante. Sur une île isolée, un homme et un garçon s’affrontent dans un jeu de domination masculine. De façon bestiale, ils testent leurs limites, jusqu’à leur dépassement fatidique et irrévocable. Un premier long-métrage ambitieux, qui dissèque la pulsion de mort chez l’adulte et l’enfant pour en révéler l’essence. Troublant.

It is in us all de Antonia Campbell-Huges © Savage Productions, Pale Rebel Productions

Même si peu sont aussi admirables, le festival du film britannique programme cette année de nombreux premiers films. Signe que l’industrie cinématographique britannique regorge de nouveaux talents. Pourtant, si la sélection est encourageante, elle est, il faut le reconnaître, assez peu marquante ; car finalement représentative d’un milieu profondément atteint, économiquement et humainement, par la crise sanitaire. La production est ralentie, les choix sont limités et les films réussis se font rares. Quant à la présence des équipes sur le sol français, elle s’avère elle aussi moins évidente, alors que les conséquences du brexit commencent à se faire sentir. Cela étant, chefs-d’œuvre ou non, 24 000 spectateurs se sont déplacés dans les salles pour en juger par eux-mêmes : la preuve incontestable que le cinéma britannique n’a pas fini de nous fasciner.

Nous terminerons avec notre coup de cœur de cette édition : Mothering Sunday de Eva Husson, avec, notamment, Colin Firth et Olivia Colman. L’Angleterre de l’entre-deux guerres peine à se remettre de ses pertes. Le mode de vie aristocratique paraît dérisoire face à l’hideuse réalité. Pourtant, différentes familles continuent de taire leurs enfants morts et d’espérer pour leurs enfants vivants. Mais l’insouciante jeunesse doit elle aussi se confronter au deuil redoutable. Avec une mise en scène fragmentée et délicate, Eva Husson donne vie à une intrépide romance sur fond de constat social âpre. Création devient alors synonyme d’émancipation. Une œuvre aussi insolite que bouleversante.

Mothering Sunday de Eva Husson © Lionsgate

Palmarès du Festival du film britannique :

Hitchcock d’Or : Emily de Frances O’Connor

Hitchcock de la meilleure interprétation : Emma Mackey.

Prix spécial du jury Barrière : The Almond and the Seahorse de Celyn Jones & Tom Stern.

Prix d’interprétation collectif : All my Friends Hate Me de Andrew Gaynord.

Hitchcock du public long-métrage : Emily de Frances O’Connor.

Hitchcock du public court-métrage : Rat de Sarah Gordon.

Auteur : Chloé Caye

cayechlo@gmail.com

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