La Ménagerie de verre

Théâtre de l’Odéon

© Jan Versweyveld

Plusieurs fois interrompue pendant la crise sanitaire, La Ménagerie de verre, mise en scène par Ivo Van Hove, prend ses quartiers, pour de bon, à l’Odéon.

La protagoniste de la pièce de Tennesse Williams est – évidemment, a-t-on envie de dire – interprétée par Isabelle Huppert. À ses côtés, Antoine Reinartz se fait fils et narrateur. Et déjà, de ce premier couple d’acteurs, naît un premier dysfonctionnement. La fébrilité qui caractérise le personnage maternel se répercute, certes nécessairement mais outre-mesure dans ce cas, sur l’attitude corporelle de l’actrice et dans son langage. Les mots se chevauchent et se heurtent à un tel point qu’il devient difficile de comprendre l’entièreté de la phrase. Quant au personnage de Tom, le problème ne se pose pas, ou plutôt, ne peut pas se poser car son texte est dit trop bas. À défaut de comprendre, il s’agirait d’entendre…

Toute la première partie de la représentation se déroule donc difficilement. La compréhension est entravée et les personnages difficile à cerner. Lorsqu’un souci d’ordre technique, ou propre à la direction d’acteur, se fait ainsi si fortement sentir, le spectateur est renvoyé à sa condition de spectateur et les acteurs devant lui restent acteurs, ils ne deviennent jamais personnages. C’est seulement lorsque Justine Bachelet et Cyril Gueï sont seuls sur scène que les spectateurs parviennent à enfin s’oublier. 

Les mots résonnent au fond de la salle et les corps s’émancipent dans le décor. Ce soulagement pour le spectateur marque aussi le moment où la mise en scène d’Ivo Van Hove ressemble le plus à son créateur. Car dans son théâtre, le décor ne figure pas mais est véritablement. Il est fait de matière en relief : le sang dans Vu du pont, la boue dans Electre / Oreste et, ici, la moquette. Elle tapisse les murs de cette maison, lieu d’emprisonnement mais aussi de refuge. Une maison faite de tout sauf de verre car on y dessine, on y danse, on s’y agrippe. C’est dans cette texture de la scénographie et dans ces contrastes permanents de mise en scène qu’Ivo Van Hove excelle. Mais il y excelle avec une telle facilité qu’on ne peut s’empêcher d’avoir l’impression que cette facilité s’est également appliquée aux aspects moins réussis de la pièce.

Un manque d’attention aux détails et une précipitation des acteurs deviennent donc les constats majoritaires, qui prennent le dessus sur le reste. Et les spectateurs ressortent indéniablement avec le sentiment d’avoir eu moins que ce qu’ils espéraient, mais surtout, moins que ce qu’ils étaient en droit d’attendre.

La Ménagerie de verre / De Tennesse Williams / Mise en scène de Ivo Van Hove / Avec Isabelle Huppert, Antoine Reinartz, Justine Bachelet et Cyril Gueï / 2h / Du 25 novembre au 22 décembre au Théâtre de l’Odéon.

Auteur : Chloé Caye

Rédactrice en chef : cayechlo@gmail.com ; 31 rue Claude Bernard, 75005 Paris ; 0630953176

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