Barbie

Au cinéma le 19 juillet 2023

© Warner Bros

Faire sérieusement la critique de Barbie : un événement héroï-comique qui arrive rarement dans une vie, qui plus est pour une œuvre à laquelle personne ne croyait avant que Mattel ne concrétise le projet en 2019 et ne sollicite les talents d’une autrice à la mise en scène, Greta Gerwig, accompagnée au scénario par son mari Noah Baumach. De quoi métamorphoser un cauchemar annoncé en curiosité de l’année, nourrissant quelque espoir d’y trouver, malgré la mainmise industrielle, le regard singulier de la cinéaste au service d’une satire acérée, pop et loufoque. Hélas, devant le spectacle navrant d’un récit façonné comme les standards qu’il critique, on n’espère vite plus qu’une chose de Barbie : qu’elle se flingue aux barbituriques.

Barbie vit avec des centaines d’autres Barbies à Barbieland, où se répète immuablement la même journée parfaite. Elles y vivent en maîtresses tandis que les Ken n’ont rien à faire si ce n’est tenter d’exister via les yeux de leurs Barbies. Un jour, une crise existentielle craquelle l’univers idéal et stéréotypé de la poupée. Accompagnée de Ken (Ryan Gosling), elle entreprend alors un voyage vers le monde réel qui la conduira à découvrir sa propre identité. Si l’idée du récit initiatique d’une Barbie sortant de sa caverne rose flashy, façon Matrix/Truman Show parodique, aurait pu amuser, c’est l’ennui qui, après une demie heure de clins d’œil et micro-situations poussivement juxtaposées, a raison de nos tentatives de l’aimer, cette Barbie déprimée. Le fait est qu’on se lasse autant qu’elle de cet univers artificiel qui, même jusqu’au terme du chemin, ne prendra aucun relief.

La faute à un scénario bancal dont la moitié s’avère principalement introductive, et dont ressort chaque couture, mais surtout à une mise en scène plus creuse et superficielle que ses poupées, sans respiration, jusque dans les séquences aux prétentions dramatiques. Le comique du film en pâtit, privé de son ingrédient sine qua non, le rythme, autant que sa portée esthétique et politique soutenus seulement par du discours. Quelques idées signifiantes émergent toutefois par touches, comme la pesanteur qui soudain cloue les talons de notre Barbie au sol, connotant les prémices de son rapport plus vrai au monde. Dommage que l’inventivité de Gerwig n’apparaisse que par bribes au sein d’un dispositif si cadenassé et si soucieux de son contenu féministe qu’il en oublie le cinéma.

La plus grande bévue du long métrage réside là : dans son incapacité d’une part à rendre compte esthétiquement, et donc sensiblement, de l’expérience de la poupée Barbie devenant la femme Barbie, et d’autre part à exprimer autrement que par des longs discours l’essentiel de ses réflexions politiques. Si la deuxième partie où l’on retourne à Barbieland, auparavant mundus inversus désormais envahi par l’idéologie patriarcale importée du monde vrai par Ken, est la plus ludique et pertinente, on peine à déceler davantage, en dépit des couches d’ironie, qu’un manuel anti-patriarcal didactique qu’on aurait tiré d’un podcast France-Inter. Sans doute que la réalisatrice, au troisième degré, l’assume et s’en amuse, outrance barbiesque oblige, mais un ton plus tranchant nous l’aurait assuré. Et le dénouement, plus fin, digne de l’acuité de Gerwig qui nous épargne un triomphe illusoire de l’utopie égalitaire, ne réussit pas à sauver Barbie de ce qu’il devait à tout prix éviter : le féminisme marketing.

Barbie / De Greta Gerwig / Avec Margot Robbie, Ryan Gosling, Marisa Abela, America Ferrera / USA / 1h55 / Sortie le 19 juillet 2023.

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