
Sur les murs blancs ou beiges des affiches de films, photos ou cartes postales dénotent de par leurs couleurs. Fabian Stumm met en scène ses personnages par rapport à l’arrière plan de façon à ce que ces motifs carrés rappellent les bulles de pensée que l’on trouvent dans les bandes dessinées. Jonathan écrit une histoire d’amour qui se termine et derrière lui, au dessus de sa tête, sont affichées des photos de lui et de Boris enfants, comme le rappel d’une intimité partagée qui traverse en ce moment même l’esprit de l’écrivain.
Des os et des noms se distingue d’abord par cette finesse dans sa mise en scène, sa sobriété qui pourtant ne la rend pas invisible. Pour ce premier long-métrage, Fabian Stumm choisit un cinéma de vignette et le comique se déploie aussi bien par le montage que par la durée des plans. Souvent fixes, les champs- contrechamps laissent aux acteurs et leurs mots le temps d’exister. Et quels acteurs ! Fabian Stumm et Knut Berger évoquent d’un regard les différents états du couple qu’ils traversent : l’usure, la redécouverte, l’espoir et la résignation. Leurs yeux supplient l’autre d’ignorer ceux que leurs mots ont laissé entendre. Lorsque l’un évoque sa peur de la séparation, il la rend tangible et, malgré lui, la précipite. Des os et des noms traite du deuil de l’autre, qu’il soit via l’éloignement, la séparation ou la mort. Et c’est avec une immense délicatesse et maturité que Stumm parvient à poser un nouveau regard théorique et filmique sur ces questionnements. Ce sont des apprentissages qu’il fait vivre avec bienveillance à ses personnages, à l’image de ces deux inconnus qui se confient et se réconfortent autour d’un gâteau au chocolat, se rencontrant dans leur exploration du plus grand traumatisme de l’une et de la plus grande appréhension de l’autre.
Si ces passages de la vie de Jonathan témoignent d’une réelle sincérité quant à la manière dont le personnage se présente à nous, Fabian Stumm n’hésite pas à mettre en place une forme d’ambiguïté quant à son partenaire, et celui qu’il incarne, Boris. La question du jeu d’acteur est effectivement au cœur du projet du réalisateur. En nous donnant à voir les répétions d’un film, et par conséquent les reprises de certaines scènes après une requête de la part de la réalisatrice fictive, Fabian Stumm dévoile à quel point la direction d’acteur peut transformer le sens d’une séquence. Mais en voyant l’aisance avec laquelle Boris intègre ces changements, lui dont le rôle est en plus définit par sa duplicité, il nait chez le spectateur une certaine de méfiance à son égard. Fiction et réalité, personnages et personnes commencent à s’entremêler. Et ce qui prenait la forme d’une résolution pour la réalisatrice devient un début de conflit pour les acteurs.
L’art s’affiche sur les murs et la vie se vit entre eux, ou cela peut-il être l’inverse ? Le film de Fabian Stumm montre que le meilleur et le pire de l’art infusent dans notre vie. La ligne entre fiction et réalité est fine, et les deux côtés sont sujets à des débordements. Des os et des noms est un film qui sait être d’une grande force tout en restant élégant.
De Fabian Stumm / Avec Knut Berger, Fabian Stumm, Marie-Lou Sellem et Magnús Mariuson / 1h49 / Allemagne / Festival Chéries-Chéris 2023.
Une réflexion sur « Des os et des noms »