
Mickey 17 n’est pas mort. Il gèle au fond d’un gouffre de glace, il a mal, il gémit, mais il n’est pas mort, du moins pas encore. Mickey est de la chair à canon exilée dans l’espace. Il avait besoin de quitter la Terre coûte que coûte, alors il s’est engagé à devenir un Remplaçable, un être humain dont on sauvegarde la mémoire et dont on réimprime le corps à volonté dès qu’il est détruit dans les tâches ingrates et variées qu’on lui fait exécuter. Un éternité de rat de laboratoire, sauvée de l’absurdité totale par la présence de Nasha, qui l’aime et qu’il aime. Retour au gouffre : il n’est pas mort. C’était une demi-heure, trois quarts d’heure ? Pas certain. En tous cas, c’est long pour une exposition, ça traîne et on se demande si le film va finir par démarrer ou si l’on est condamné à assister pour les deux heures à venir aux péripéties des Mickey qui s’enchaînent, dument commentées par une voix off monocorde – quoi qu’occasionnellement amusante – qui nous explique sagement les tenants et aboutissants des sociétés humaines de 2054.
Mais oui, ça commence, enfin. Rien de tel que d’échapper à la mort et faire face à son double pour enrayer la monotonie. C’est là que peut exploser pour de bon la physicialité du jeu de Robert Pattinson, dans un affrontement corps à corps avec Mickey 18, son double paré de l’agressivité qui lui fait défaut. Nerveux et un peu psychopathe en 18, Pattinson est maladroit en 17, bancal et naïf sans être jamais faux. Il manque de tomber à chaque pas, et tombe d’ailleurs souvent, de manière toujours plus spectaculaire. Un corps perpétuellement au bord du gouffre parce que fondamentalement abîmé dans son âme d’avoir vécu mille morts, un corps qui ne se contrôle pas, qui coule, se laisse malmener. Pattinson en Mickey 18 est métallique et chauffé à blanc, prêt à tout faire sauter. Deux opposés diamétraux nés des mêmes souvenirs, incarnés dans des corps jumeaux. Ils n’auraient pas du exister en même temps, mais voilà, ils sont là. Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? Un plan à trois, d’abord, évidemment, puis la révolution, celle qui part de l’anomalie. On ne tuera pas les éléments bizarres pour correspondre à un cadre, on fera exploser le cadre à la place.
C’est toujours cela chez Bong Joon Ho : quand la politique s’invite, un désir tendu vers le triomphe des opprimés. Là, c’est le match éthique contre capital, éthique contre moralisme religieux et amoralisme productiviste – c’est la même chose. C’est aussi l’érotisme du fascisme exacerbé par le spectacle. D’un côté les Mickey, produits d’une science capitaliste, au service du progrès d’une société qui ne leur rendra rien. De l’autre, un couple de crypto-dictateur.rice.s incarné par Mark Ruffalo et Toni Collette, les capitalistes bientôt fascistes qui régissent les usages scientifiques sans bien savoir s’iels se veulent au service de Dieu ou de l’Argent. Lui bête à se damner, brutal dans ses costumes de soie, parodie de politicien toujours en représentation qui parvient à exercer le pouvoir en créant l’illusion qu’il le fait. Et elle, dans l’ombre, froide, calculatrice, obsédée par le raffinement, socle idéologique et intellectuel d’un mari au crâne vide. Les deux sont eugénistes, à la tête d’un projet de génocide d’une population non-humaine pour coloniser leur planète et y établir un nouveau monde, celui d’une race enfin pure. Les pieds dans le plat. Mais ça n’est pas déplaisant : on aime toujours rire des riches et puissants lorsqu’ils sont aussi bêtes et méchants, on aime les haïr, s’indigner de leur manque total d’humanité. Ruffalo est un Trump brun ridicule, Collette est parfaitement affreuse, et cet excès de monstruosité est agréablement familier. Les parallèles sont évidents, on les fait, c’est un charme facile qui opère, une affaire rondement menée.
Les multiples morts de Mickey sont celles d’une classe populaire qu’on exploite à l’infini après avoir trouvé le moyen de reproduire ses corps à la chaîne. L’idée a de la force, mais l’humour du film la rend souvent trop théorique quand elle n’est pas noyée dans un foisonnement d’action. De trop s’amuser de l’absurdité des supplices qu’il endure en bon Sisyphe, on en oublie que Mickey souffre. C’est l’équilibre que maîtrisait mieux Parasite, et même Snowpiercer, qui se laissaient parfois aller à l’émotion, et, forts d’une narration plus épurée, s’autorisaient plus de respirations. Une scène se démarque sur ce point, qui donne chair à la relation entre Mickey et Nasha – ce que ce long prologue peine à faire – alors que Mickey est abandonné à une mort lente par gaz toxique, Nasha enfile une combinaison stérile et le rejoint pour l’accompagner dans son agonie. Elle le tient dans ses bras et le réconforte alors que sa peau se couvre de cloques et que ses poumons lâchent. Plus tôt, face à Anamaria Vartolomei qui lui demande ce qu’on ressent quand on meurt, Mickey répond qu’il a peur chaque fois, même s’il sait qu’il va revenir. C’est une évocation troublante, l’idée de la mort comme expérience terrifiante en soi, au delà de la finitude qu’elle implique : chaque mort signe une fin tout de même, quelque chose disparaît malgré tout. C’est de ces moments plus flottants dont manque Mickey 17, qui, pour faire oublier qu’il est surchargé, évacue tout trop vite. Il aurait fallu ménager un peu d’instants d’une parole moins performative ou explicative, et pourquoi pas un peu de silence. Cet excès de complexité diégétique, incarnée parfaitement par les incursions étrangement menées du passé de Mickey dans l’intrigue, manque en plus régulièrement de faire basculer la réflexion politique de simple à simpliste. La ligne est parfois franchie, mais jamais trop longtemps, et Mickey 17 arrive au bout de son chemin en claudiquant.
Mickey 17 / de Bong Joon Ho / Avec Robert Pattinson, Naomi Ackie, Steven Yeun, Toni Collette, Mark Ruffalo / 2h17 min / U.S.A / Sortie le 5 mars 2025
Beaucoup de politique en effet, un script phagocyté par les Ceaucescu des temps futurs, dont le leader s’affiche en portrait trop mâchouillé du triste sire de la Maison Blanche, ici expédié, avec son contingent de dévots, vers les limbes glacé de Niflheim. On aurait aimé qu’il en soit ainsi à vrai dire, mais les urnes en ont décidé autrement. On voudrait alors se raccrocher à ce petit homme dupliqué, symbole du prolétariat piétiné, mais Bong nous prive d’empathie par son écriture grossière, il nous désolidarise de sa douleur. J’ai vraiment eu du mal à aller au bout, très vite contrarié par les mauvais choix et les lourdeurs d’écriture.
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est ce que film est pensé, réalisé, projeté pour une élite prompte a critiquer monocle sur l arcade, scalpel dans une main plus gauche qu adroite, ou est ce un film destiné au plus grand nombre et de ce fait pour approcher et essayer de toucher des adorateurs de fanfreluches totalitaires qui proliferent comme des punaises de lit dans un lupanar d un ghetto quelconque. Le film n est pas parfait mais son sujet est abordé , et cela change des thématiques entêtantes ,inintéressantes et redondantes des autres films projetés actuellement. ce n est que mon avis.
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