
Retour à la cité d’Émeraude : après avoir découvert la supercherie du magicien d’Oz, Elphaba défie la gravité et part se réfugier dans des contrées plus éloignées, à l’Ouest… Alors que le premier opus mettait en avant un message politique certes louable mais aussi éculé, le second se construit autour d’un enjeu narratif plus spécifique : la désinformation. Le propos – naïf mais nécessaire – demeure le même : ne pas se fier aux apparences. Cependant, dans ce volet, son exploitation gagne en densité.
Cette dimension additionnelle permet aussi de s’éloigner de la cité d’Emeraude ; l’intrigue fonctionnant sous forme de parallèle : celle d’Elphaba et celle de Glinda. L’expansion géographique et thématique offre de nouveaux enjeux cinématographiques. Wicked : for good s’essaye à une palette, toujours rudimentaire, mais plus variée. Or cette diversité colorimétrique et photographique – encore une fois, à l’échelle de la saga – est à double tranchant.
Dans un premier temps, il permet à chaque numéro musical d’avoir une direction artistique qui lui est propre. Chaque séquence chantée ou dansée s’ancre dans l’univers d’Oz tout en créant un, avec les codes formels qui l’accompagnent. Cette construction, presque scénique – à chaque scène, son décors – permet au film de conserver et d’exploiter ses origines théâtrales. Les numéros musicaux ne sont pas nécessairement inscrits dans la linéarité du film, ils s’en extraient les uns après les autres pour créer une narration bis : non plus d’intrigues mais de performances. Souvent face caméra, parfois en plan séquence, les interprètes ne chantent plus pour modifier la diégèse ou pour atteindre les autres personnages ; ils s’adressent directement au public.
Dans cette optique de connexion frontale et instantanée avec les spectateurs – par leur identification formelle claire des numéros et leur connivence avec l’interprète – chaque séquence musicale rivalise avec la précédente. Et qui dit performance, dit intentions.
Or ces intentions ne sont pas toujours au bon endroit. Les multiples performances, aux goûts et couleurs éclectiques, empêchent une réelle identité de mise en scène et une unité esthétique d’exister. Les séquences musicales doivent être mémorables, donc isolées du reste du film. La conséquence ? Wicked manque d’homogénéité. Outre l’image numérique qui sert de réceptacle facile à toutes les critiques formelles, c’est surtout son apparent manque d’étalonnage qui choque. Si sur scène, la comédie musicale se monte comme un enchaînement de différents tableaux ; au cinéma, son équivalent ne doit pas être une succession de clips. Pourtant, c’est essentiellement ce qu’est le film de John Chu : des clips, plus ou moins réussis.
Nous retrouvons donc Wicked, non sans une certaine joie, et découvrons son univers en expansion ; mais on ne peut s’empêcher d’avoir l’impression que Jon Chu a sauté quelques étapes : avant d’élargir un univers narratif et esthétique, peut-être faut-il déjà l’avoir pensé plus rigoureusement.
Wicked : for good / De Jon Chu / Avec Ariana Grande, Cynthia Erivo, Jonathan Bailey, Ethan Slater et Jeff Goldblum / 2h17 / États-Unis / Sortie le 19 novembre 2025.