Hamnet

Actuellement au cinéma

© Universal Pictures

Hamnet appartient à une catégorie de films qui, prenant pour objet une célébrité, choisissent de privilégier l’homme derrière la figure publique et/ou, la femme derrière l’homme. Dans cette optique, Chloé Zhao adapte Maggie O’Farrell qui fantasme la vie privée de William Shakespeare et de sa femme. Pas de Shakespeare à l’horizon donc, seulement William. Alors pourquoi déconstruire le mythe et s’évertuer à rendre l’homme, et la femme, intéressants ?

Une première théorie est que le film cherche à s’inscrire dans l’ère du temps : il s’agit de rappeler que pendant que le Barde écrivait, Anne Hathaway (ici renommée Agnes) s’occupait des enfants. Pour tâcher de rendre un peu plus cinégénique les activités de l’épouse Shakespeare, l’autrice et la réalisatrice décident d’en faire une potentielle sorcière habitée par l’esprit de la forêt. Une piste narrative qui fonctionne en parallèle de l’intrigue principale, sans jamais réellement s’y greffer ou y participer. Et un enjeu visuel qui se traduit par de très (trop ?) nombreux plans en contre-plongée sur la cime des arbres et des zooms avant sur de la mousse végétale. Quels sont donc les autres atouts narratifs de ce personnage ? Comme beaucoup de femmes à cette époque, elle donne naissance à ses enfants dans des conditions extrêmement difficiles et, comme beaucoup de femmes à cette époque également, ses enfants peuvent être emportés à tout âge par des maladies. Malheureusement, si l’acte d’accoucher (ce qu’Agnes passe les trois quart du film à faire) est bien plus douloureux que celui d’inscrire des vers de théâtre sur du papier, il est aussi moins passionnant. 

La seconde et possible justification à ce choix de discours relève du besoin d’identification toujours croissant des spectateurs. L’idée sera donc de rappeler que nos tares quotidiennes concernent aussi les artistes comme Shakespeare. Ainsi, le dramaturge se voit par exemple affublé d’un trouble d’anxiété sociale. En se privant de tout ce qui fait l’exception de son protagoniste, le film déroule un récit qui manque considérablement d’ampleur. En valorisant l’histoire aux dépens de l’Histoire, Hamnet se complait dans une forme de médiocrité de propos qui se traduit inévitablement par une mise en scène étriquée.

Il semblerait que le projet de Chloé Zhao soit plus de raconter la vie d’un couple ordinaire dans  un registre shakespearien que de réellement retranscrire l’histoire de Shakespeare. Hamnet s’essaye par conséquent à la comédie de mœurs, au mysticisme et à la tragédie. Mais la tonalité n’influence finalement que très peu le fond. Si on perçoit le désir de correspondre au panel émotionnel que peuvent susciter les œuvres de Shakespeare, deux éléments font cruellement défaut au film de Zhao : le sujet et le langage. Enrober grossièrement un propos faible ne le rend pas plus pertinent.

Bêtifiant lorsqu’il cherche à désacraliser l’auteur, Hamnet est un film affecté lorsqu’il essaye en vain de s’en approprier le génie. 

Hamnet / de Chloé Zhao / Avec Paul Mescal, Jessie Buckley / États-Unis, Grande-Bretagne / 2h05 / Sortie le 21 janvier 2026.

Avatar de Inconnu

Auteur : Chloé Caye

Rédactrice en chef : cayechlo@gmail.com ; 0630953176

Laisser un commentaire