Rencontre avec : Colombe Savignac et Pascal Ralite

Réalisateurs et scénaristes

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Le premier film de Colombe Savignac et Pascal Ralite, Le rire de ma mère, fait le portrait d’un adolescent timide qui se cherche après le divorce de ses parents, avant d’être confronté à une réalité douloureuse. Les deux cinéastes sont revenus pour nous sur la création de cette œuvre à la fois tendre et bouleversante, actuellement en salles. 

Quels ont été vos parcours respectifs avant d’écrire et réaliser ce film ?

•C : J‘ai d’abord fait des études de lettres et théâtre. J’ai toujours voulu écrire et mettre en scène mais je ne connaissais personne dans ce milieu donc j’ai commencé par être stagiaire mise en scène. Comme mes parents ne pouvaient pas me soutenir, j’ai bossé pendant 10,15 ans en enchaînant les tournages et je n’avais plus le temps d’écrire. Puis, à un moment j’ai réalisé que je n’avais pas envie d’être assistante toute ma vie, je savais que j’avais envie d’écrire mais je n’avais pas de vraie formation de scénariste. J’ai vu qu’il y avait ce concours pour les plus de 25 ans à la FEMIS alors je l’ai tenté et ai eu la chance de l’avoir. C’était une expérience super et je me sentais mieux, ça m’a appris que j’avais le droit d’écrire, que j’étais légitime.

•P : Très jeune j’étais aussi assistant mise en scène, j’avais fait quelques courts-métrages. Comme Colombe je ne suis pas issu d’une famille très riche, et c’est une leçon dont il faut vraiment tenir compte dans la volonté de faire du cinéma. Lorsque vous devez travailler pour vivre, c’est très complexe d’y associer la création. Ecrire et monter un film demandent énormément de temps, et pendant cette période si vous avez des parents qui peuvent vous soutenir c’est tant mieux, c’est une chance. Si vous n’en avez pas il faut trouver des solutions. C’est le problème de beaucoup de jeunes qui veulent travailler en tant que réalisateurs mais se retrouvent obligés d’être techniciens.

Ces expériences vous ont-elles apporté dans la création d’un premier film?

•P : Enormément ! Je pense que comme tous les métiers, le cinéma ne s’invente pas, il y a des choses à savoir. Etre sur place, voir comment ça se passe, c’est souvent ce qui manquent aux jeunes réalisateurs. Savoir comment fonctionne un plateau, quelles sont les priorités, les urgences, on a beaucoup appris là-dessus.

•C : Oui et puis nous avons eu très peu de temps de préparation, le film a été très compliqué à monter, jusqu’au dernier moment on ne savait pas s’il allait se faire. Du coup nous n’avons eu que 4 semaines pour nous préparer avant le tournage. C’est vraiment nos expériences passées qui ont fait qu’en si peu de temps on a pu préparer le film. On allait à l’essentiel, dès qu’il y avait problème sur le plateau on cherchait une solution. En tant qu’assistante on apprend à réagir immédiatement, Pascal en tant que co-producteur aussi. C’est un film avec un petit budget et on a quand même réussi à composer, trouver des astuces et rebondir assez rapidement.

Comment l’idée du projet vous est-elle venue?

•P : On a eu cette idée parce qu’on a en partie vécu une histoire qui s’en rapproche, on a été puiser dans une situation de notre vie personnelle.

•C : C’est vrai qu’en France on aime bien cette légitimé, ce coté « il l’a vécu donc il peut le faire ». Ce qui a séduit notre productrice c’est ce côté vécu. Par exemple dernièrement Petit Paysan, le réalisateur Hubert Charuel vient de ce milieu la, Party Girl aussi (Samuel Theis, Marie Amachoukeli, Claire Burger, NDLR). C’est un aspect très français pour les premiers films de parler de quelque chose qu’on connaît, ça doit réconforter ou donner une légitimité au réalisateur.

Avez-vous déjà les acteurs en tête lors de l’écriture du scénario?

•C : Oui, mais la première fois que nous avons évoqué Suzanne Clément à nos producteurs ils étaient réticents, c’était avant la sortie de Mommy. Ils avaient envie qu’on prenne une actrice plus connue du grand public. Mais c’est vrai que, nous personnellement, on en a marre, en allant au cinéma de voir toujours les mêmes têtes. On voulait trouver une actrice peu connue en France, donc on en est très vite venu à Suzanne.

•P : On y a pensé très vite en voyant des films comme Laurence Anyways. Ce qui est bien c’est que Suzanne ne vampirise pas le personnage. Souvent lorsque qu’on prend des acteurs français assez connus, ce n’est pas le personnage qu’on voit, c’est l’acteur. C’est un peu le souci qu’on a en France, les comédiens sont souvent devant leur rôle, alors que dans les pays anglo-saxons, le comédien est derrière le rôle, c’est le personnage qui est important. Ils peuvent se transformer complètement. En France, dès qu’un acteur n’a pas la coupe de cheveux qu’il a d’habitude, ça pose problème. Mais du coup pour Suzanne on a du se battre pendant un an pour qu’ils soient d’accords. C’est seulement lorsque Mommy est sortie à Cannes que les producteurs ont accepté notre choix.

Vous êtes en couple et avez travaillé ensemble sur toutes les étapes de cette aventure mouvementée, la relation a-t-elle déjà été conflictuelle?

•C : Il n’y a pas eu de frustration en tout cas. On peut polémiquer sur quelque chose mais je trouve ça bien, ça apporte et c’est plus créatif qu’en étant seul. C’est vrai aussi qu’on est assez raccord, dès qu’on va voir un film on pense la même chose, donc comme on avait tous les deux envie de réaliser c’était presque une évidence.

•P : Il n’y a pas vraiment eu de conflits au sens propre du terme, plutôt des échanges. Mais c’est vraiment le principe du cinéma, c’est un travail d’équipe. Ce n’est pas aberrant de travailler à deux quand on réalise. Ça peut paraître bizarre mais en fin de compte, on travaille déjà à 20 ou 30 en réalisation si on compte toute l’équipe.

Avez-vous déjà des futurs projets dont vous pouvez nous parler?

•C : On nous a toujours dit que le plus dur était le deuxième film, on a donc co-écrit le deuxième avant de tourner le premier, pour avoir un coup d’avance ! On est en casting pour ce deuxième long métrage. On travaille aussi avec deux autres productrices pour d’autres projets, dont on ne peut pas encore parler !

 

Le rire de ma mère est actuellement au cinéma

Entretien réalisé par Chloé Caye et Benjamin Assayag – Rédigé par Victorien Daoût et Chloé Caye

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