Rencontre avec : Michaël Hirsch

Comédien et auteur

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Michaël Hirsch © Studio Ledroit Perrin

Michaël Hirsch régale le public du Studio des Champs-Elysées avec son spectacle Pourquoi ? Un seul en scène enjoué sur un personnage qui se pose constamment des questions. Pour l’occasion, le comédien a accepté de répondre aux nôtres.

Quel a été ton parcours ?

Je suis né et j’ai fait toute ma scolarité à Metz, jusqu’à mes vingt ans. Puis j’ai fait une prépa HEC et une école de commerce à Reims. Je me suis rendu compte, pendant mon année de césure, qu’en fait ce n’était pas trop ce que j’avais envie de faire. J’adorais raconter des histoires mais pour une cause qui me paraissait juste. Ça faisait déjà un petit bout de temps que je faisais du théâtre et j’avais commencé à écrire dès le moment où j’avais mis le pied dans l’entreprise, comme si quelque chose en moi n’était pas tout à fait comblé. Puis sur un concours de circonstances, en école de commerce, mon directeur est tombé sur des textes que j’écrivais, il m’a demandé si c’était ce que je voulais faire de ma vie et j’ai répondu que je ne savais pas exactement. Alors il a ouvert le grand amphithéâtre de l’école pour moi et m’a dit « voila, ton premier spectacle tu le joueras à l’école ! ». C’était super car c’était une manière de dire à mes parents merci beaucoup de m’avoir payé mes études mais finalement ce n’est pas vraiment ce que je veux faire. Donc à la fin de mon école de commerce, d’un commun accord avec moi-même et mes parents, je suis allé à Paris pour suivre les cours de Jean-Laurent Cochet. C’est un maître du théâtre, il considère le métier de comédien comme celui d’un artisan, un métier de faiseur et j’adorais cette idée !

Un des élèves de Jean-Laurent Cochet était Fabrice Luchini, que tu imites sur scène et que d’autres de ses élèves imitent également dans leur spectacle, ressortez-vous tous de ce cours avec une imitation impeccable de Luchini ?

C’est drôle parce que moi cela s’est joué dans l’autre sens, c’est plutôt Luchini qui m’a amené chez Jean-Laurent Cochet. C’est-à-dire que quand j’étais à Reims, à la fin de mes études, je cherchais un cours de théâtre. La seule chose que j’entendais du métier de comédien c’était « se mettre dans des états ». Je me disais c’est bizarre quand même comme métier « se mettre dans des états », c’est quoi comme savoir faire ? Evidemment ce n’est pas rien de se mettre dans des états, de savoir doser ses émotions, se dompter soit même, mais je savais qu’il y avait autre chose. Comme les musiciens font leurs gammes, les danseurs font leurs barres au sol, comédien il devait bien y avoir aussi quelque chose. Alors un jour je regardais un documentaire sur Fabrice Luchini, que j’adorais déjà à l’époque, où on le voit parler avec Jean-Laurent Cochet et je me suis dis j’adore cette manière de parler du théâtre ! J’en ai parlé autour de moi, j’avais quelques copains qui connaissaient un tout petit peu le monde du théâtre et qui m’ont conseillé d’y aller. Quand je suis arrivé aux auditions, je suis passé sur une fable de La Fontaine et, je m’en souviens, il m’a regardé et m’a dit « tu es au bon endroit, on va bien travailler ensemble ».

Le spectacle a-t-il beaucoup changé depuis sa première version ?

La toute première version du spectacle, il m’a fallu à peu près un an pour l’écrire. Depuis on réécrit sans cesse. On est dans un processus où l’on teste toujours des nouvelles choses, on coupe, on rajoute et j’adore ça. Les changements sont basés sur les réactions du public. Le seul en scène et le one man en particulier, notre instrument, au sens musical, c’est un peu le public : le son sort par eux. Moi je donne le premier souffle, c’est ma parole et puis le son revient par eux, donc c’est simplement faire attention à comment cela sonne. Je m’en rends compte maintenant, je crois que si je fais ce métier c’est pour le son du rire. C’est tellement fort comme sensation, de faire rire. Je me souviens quand on regardait Louis de Funès avec ma famille sur le canapé, je les entendais rire et je me suis dis moi je veux faire pareil. Pas imiter de Funès, j’en serais bien incapable, mais j’aimerai réussir à, moi aussi, provoquer ce rire chez eux.

Ton spectacle est composé d’énormément de jeux de mots, qu’on ne comprend pas toujours du premier coup, y’a-t-il une frustration de ton côté quand le public ne saisit pas tout ?

C’est un spectacle que j’ai beaucoup joué donc c’est un peu comme un slalom de ski, je connais la piste et l’objectif est de passer le mieux possible les portes. Alors, des fois on se plante mais maintenant je connais mon parcours. Je suis frustré quand je termine le spectacle en me disant que je ne sais pas qui j’avais en face de moi. Même si ça arrive quasiment plus, c’est une vraie frustration. C’est exactement comme faire de l’équitation : chaque soir j’ai un nouveau cheval et il y a un truc à trouver, un équilibre, quelque chose d’hyper fin et sensible. C’est aussi ce qu’il se passe avec le public, à un moment on respire ensemble, je vois l’obstacle, il voit l’obstacle, on se fait confiance l’un l’autre et on y va. Evidement des fois il y a des refus, des fois ça chute, mais ça arrive de moins en moins. C’est presque un jeu de qui tient les reines. Pas dans un sens de pouvoir mais je tiens un peu les reines au début pour dire que je suis présent, je vais vous prendre par la main, je vais vous emmenez quelque part, faites-moi confiance. Puis petit à petit on peut lâcher les reines et laisser le cheval ou le public nous surprendre aussi.

Es-tu capable de savoir à quel public tu as à faire dès ton entrée sur scène ?

Chaque soir est une rencontre, Sacha Guitry disait : « Être comédien c’est comme être sur une plage et chaque soir il y a une nouvelle vague qui arrive ». Des fois la vague est merveilleuse, on arrive à la surfer, à passer un moment ensemble et des fois c’est plus dur. Mais c’est ça qui est assez merveilleux, c’est ce qui fait que c’est humain, que c’est du spectacle vivant. Ce serait hyper cool de pouvoir créer des règles, de dire « ça c’est un public du jeudi! ». Des fois c’est vrai qu’on a un peu cette impression, le samedi soir par exemple, c’est un public plus festif et qui a envie de sortir. Mais en même temps le challenge est si beau dans l’autre sens aussi! Là on est mercredi soir, toi et moi on se voit, les gens sont au boulot, ils arrivent tout chargés de la journée et moi mon job c’est de leur dire venez si on déconnectait ensemble et on se connectait les uns aux autres. On part le temps d’une fantaisie et après advienne que pourra.

A quel point le spectacle est-il autobiographique ?

Ce personnage qui se pose plein de questions et qui cherche le sens de sa vie il est complètement autobiographique. Je croyais qu’en le jouant ça aller m’apaiser justement et en fait pas du tout !

Les questions que tu poses sont assez personnelles, le fait de jouer ce spectacle est-il une sorte de thérapie pour toi ?

Ça doit avoir une valeur thérapeutique oui. Après, je n’ai pas l’impression d’exposer mes névroses dans ce spectacle. J’expose beaucoup plus tout l’espoir que j’ai dans ce monde, que ce qui me fait profondément peur. Il y a des choses très autobiographiques et personnelles, dans la relation avec mes parents pas vraiment mais dans mon rapport aux femmes oui par exemple. C’est un truc auquel je crois profondément, si nous les hommes on est devenu aussi cons, globalement, c’est parce qu’on a vécu une blessure narcissique à un moment. On a pris ce râteau qui fait que, pour plus jamais laisser la place à ça, on est devenu des connards. Parce qu’on est un être blessé on fait du mal aux autres. Je crois qu’à un moment il faut arrêter d’être con et juste accepter qu’on est fragile et sensible. C’est ça tout le principe de l’humour, c’est se moquer de soi même pour retrouver de la dignité et de la force. Le sketch de la fin aussi, ce grand père qui a envie de construire son monde à lui et d’y faire venir tout le monde, c’est ce que je vis avec ce spectacle. Quand je vois les salles remplies en face de moi, je me dis que je suis en train de créer mon monde et des gens sont en train de me suivre. J’essaye de ne pas pleurer sur scène à ce moment là, c’est hyper émouvant je trouve. Quand on monte sur scène faire des blagues devant trois cents personnes c’est qu’on a envie d’être aimé quand même. Du coup s’en rendre compte ça fait du bien c’est touchant.

Est-ce que rencontrer les spectateurs à la fin du spectacle est important pour toi ?

Pour moi c’est devenu mon métier aussi, je fais ça sans me forcer. A un moment, j’ai senti qu’il y avait une envie des gens par rapport à ça et je réfrénais aussi mon envie à moi. Je me disais qu’ils avaient déjà eu une heure trente de Michaël Hirsch dans la tête et qu’il fallait les laisser partir. Puis, plusieurs fois les directeurs de salles venaient me dire qu’il y avait des gens qui m’attendaient au bar et voulaient discuter. Il y a quelque chose d’égoïste dans le spectacle, c’est moi qui ai décidé de quoi je vais parler, pendant combien de temps et je leur impose. Donc je me suis dit et si eux ils ont une envie ? Ils restent avec et repartent chez eux ? Je ne trouve pas ça juste. C’est vrai que moi aussi en tant que spectateur parfois j’ai envie de les voir les comédiens, de leur dire vous m’avez ému, merci de m’avoir fait rire, ce que j’ai vu ça m’a pas plu ou ça m’a dérangé. Ça me fait penser à une superbe chronique de François Morel sur les gens qui laissent des avis sur internet, il dit que du coup on ne se parle plus. Je préfère en discuter avec les gens, continuer à préserver le lien humain qui me parait important, plutôt que de voir ce qu’ils en ont pensé en commentaires, ça ne m’intéresse pas. Plus j’avance dans ce métier, plus j’aime le coté vivant du spectacle, cette adrénaline et cette obligation d’être généreux.

Est-ce-que tu as d’abord l’idée d’un personnage puis le texte te vient ou tu crées un personnage en fonction de son texte ?

C’est une bonne question, je ne me la suis jamais posé ! Ça varie je crois, parfois cela va dans un sens ou dans l’autre. Il y a des personnages qui me travaillent en fait. Parfois c’est des gens que j’ai rencontré, le guide du musée par exemple, j’en ai rencontré plein des comme ça. Ce genre de personne qui va avoir un sérieux pédant en te présentant un tableau blanc. C’est tout l’art contemporain d’une certaine forme, ça demande plus d’effort au spectateur que ça en a demandé à l’artiste.

Tu joues ce spectacle jusqu’à juin, qu’as-tu de prévu après ? 

Je commence à sentir l’envie d’écrire d’autres choses. J’ai besoin de réussir à créer de la vacance en moi, du silence, du temps de repos. C’est là dessus que se basera les prochains trucs que j’écris. Ça me fait penser à une phrase de Desproges : « Plus je vois les hommes et plus j’aime mon chien ». Moi c’est « plus je regarde le monde et plus j’ai envie d’écrire de la fiction ». Emmener les gens et moi-même dans des histoires. C’est ça la merveille de l’écriture, c’est un horizon qui s’ouvre. J’adore Inception, c’est un film qui m’a énormément marqué. A un moment il parle de la création pure et il dit qu’en même temps qu’on crée, on découvre ce qu’on est en train de créer. C’est ce qui se passe quand on écrit, on se surprend soi même. L’année prochaine je serais en tournée avec ce spectacle, c’est la seule certitude que j’ai. Quand j’ai commencé ce metier je ne savais pas ce que je faisais le lendemain. Aujourd’hui globalement je sais ce que je fais jusqu’en juin 2018. C’est merveilleux et j’en suis le premier surpris !

Pourquoi ? se joue jusqu’au 29 juin au Studio des Champs-Elysées / Lettre ou ne pas Lettre tous les vendredis à 9h25 sur Europe 1 et sur Youtube / Entretien réalisé par Chloé Caye le 21/02/18 à Paris.

Auteur : Chloé Caye

cayechlo@gmail.com

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