Wonder Wheel

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Kate Winslet, Juno Temple et Woody Allen sur le tournage de Wonder Wheel @ Mars Films

Il est tentant de faire une lecture biographique de cette scène où Ginny, furieuse, lance à son mari qu’il agit avec sa fille comme si elle était sa copine. Impossible de ne pas faire un parallèle, à cet instant, entre le couple composé par Kate Winslet et Jim Belushi et celui de Woody Allen et Mia Farrow, au moment où cette dernière apprenait la liaison de son mari avec sa fille adoptive. Malin, Woody Allen conscient de l’actualité glisse dans son dernier film plusieurs allusions biographiques. Toutefois, on ne saurait élargir cette lecture à l’ensemble du film. Et s’il fallait déceler un double du cinéaste parmi les personnages, ce serait le fils pyromane qui se réfugie au cinéma pour fuir le domicile familial.

Wonder Wheel, par son pessimisme et sa noirceur, s’éloigne des dernières réalisations de Woody Allen, et rappelle à quel point le metteur en scène est un grand dramaturge. On pense sans cesse à Tennessee Williams, et à Un tramway nommé désir d’Elia Kazan, devant les relations usées qui animent ces personnages peu à peu désillusionnés. L’image remarquable de Vittorio Storaro peint leur âme : les couleurs éclatent mais sont désenchantées, comme celles d’une carte postale un peu surannée. L’histoire est assez simple : Ginny (Kate Winslet exceptionnelle), actrice ratée désormais serveuse, se morfond en couple avec un mari violent Humpty (Jim Belushi). Elle s’éprend d’un maître-nageur aspirant à devenir écrivain (Justin Timberlake), mais leur relation est très vite troublée par l’arrivée de Carolina (Juno Temple), la fille d’Humpty, fuyant un mari mafieux qui veut sa peau. Woody Allen continue de décliner avec talent quelques grands thèmes qui parcourent son oeuvre – la volonté, la responsabilité de l’action, le hasard. Dans le dernier quart du film, la prise de décision paroxystique dont dépendra l’avenir de tous les personnages, qui fait basculer la dramaturgie (ici un coup de téléphone), est amené avec autant de maîtrise et d’intensité que le rebond de la bague dans Match Point.

L’action se déroule dans les années 1950, à Coney Island (Brooklyn), parc d’attractions en bord de mer cher à Woody Allen. On apercevait déjà la grande roue « wonder wheel » dans Annie Hall (1977), dont la circularité évoque autant le temps qui passe (entre les films ?) qu’une roue de hamster dans laquelle l’homme est pris au piège, impuissant. La maison d’enfance d’Alvy Singer, qui se situait aussi à Coney Island, tremblait à cause de sa proximité avec les montagnes russes. Ici, se sont les tirs des jeux de fête foraine qui imposent leur rythme, dans ce parc d’attractions qui est un théâtre où la vie est constamment mise en tension, et en jeu.

Wonder Wheel / De Woody Allen / Avec Kate Winslet, Jim Belushi, Juno Temple, Justin Timberlake / 2018

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