Amadeus

Jusqu’au 24 avril 2018 au National Theatre

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Adam Gillen (Wolfgang Amadeus Mozart) et Lucian Msamati (Antonio Salieri) © Marc Brenner

Grâce à son succès l’année dernière, la pièce Amadeus, écrite par Peter Shaffer, est reprise au National Theatre cette année.

La biographie romancée de Mozart et l’histoire de sa relation avec son rival Salieri, avait déjà inspirée le réalisateur Milos Forman pour son film Amadeus, sorti en 1984. Le film, dont Shaffer avait écrit le scénario, avait connu un grand succès, remportant huit Oscars, dont celui de meilleur film, ainsi que le César du meilleur film étranger. Difficile, donc, de ne pas, dans un certain sens, proposer une reproduction de l’oeuvre cinématographique sur scène. Plus difficile encore de s’en inspirer tout en créant quelque chose de nouveau. C’est pourtant pari gagné pour le metteur en scène Michael Longhurst.

Sa mise en scène astucieuse permet aux musiciens, en les plaçant sur scène et les faisant participer au déroulement de l’action, de faire partie intégrante de l’histoire. Grâce à ce jeu avec l’orchestre, le superbe Southbank Sinfonia, la musique devient un personnage essentiel et pivot de la pièce, comme elle l’était dans la vie de Mozart et Salieri. Chaque musicien est indispensable et en même temps se fond dans cette entité. C’est ce travail sur les détails qui fait d’Amadeus une oeuvre spectaculaire. Le metteur en scène porte une attention particulière à chaque personnage. Effectivement, la psychologie et les sentiments de ces derniers semblent être le point de départ de leur art. C’est d’ailleurs ce qui nous est principalement transmis en tant que spectateur : leurs émotions contradictoires, leurs doutes et leurs angoisses. Leur complexité s’ancre aussi dans un contexte historique particulier, pourtant adapté à notre époque. Si l’action se déroule quelques siècles avant le nôtre, elle est étonnamment actuelle. L’utilisation d’un vocabulaire ou d’une gestuelle moderne pour raconter des faits réels peut, dans un premier temps, déranger. Cependant ce décalage ne fait que rendre la pièce plus savoureuse et accessible à un plus grand public. Le choix des costumes y est pour beaucoup et combine parfaitement les deux époques. Avoir face à soi Mozart, vêtu de Doc Martens, effectuant des pas de danse que seuls les plus jeunes du public reconnaîtront, est un exemple parfait de cette magie propre au théâtre. Sans jamais tomber dans le vulgaire ou le mauvais goût, ce choix de mise en scène permet aux deux époques de se completer et invite les spectateurs au coeur de l’action. Ce rapport avec le public s’effectue aussi par l’absence d’un quatrième mur, à plusieurs reprises Salieri s’adresse à lui, le prenant comme témoin de ses actes. Cette générosité dans la mise en scène vis à vis des spectateurs permet aussi à chacun de relever ce qui lui paraît important dans la pièce. En plus d’un récit historique sur un des hommes qui a marqué la musique à jamais, c’est aussi l’histoire de sa lutte pour son art et sa survie. Les acteurs, principalement le duo Lucian Msamati, bluffant en Salieri, et Adam Gillen, exubérant en Mozart, nous proposent en effet des personnages humains, drôles, captivants et auxquels on s’attache avec plaisir. C’est donc aussi bien grâce à la mise en scène qu’à ces interprétations impeccables que l’oeuvre nous semble toujours aussi pertinente. Tout comme la musique de son protagoniste, les thèmes évoqués dans Amadeus sont intemporels. L’oeuvre offre un questionnement sur la place de l’affecte dans l’art et plus généralement sur la nature même de la creation musicale. La pièce reste donc un chef d’oeuvre et l’adaptation du National Theatre, simplement mémorable.

 

Amadeus écrit par Peter Shaffer / Mis en scène par Michale Longhurst / Avec Adam Gillen, Lucian Msamati, Adelle Leonce, Matthew Spencer et Fleur de Bray / Actuellement au National Theatre à Londres 

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