Jim Cummings : Interview bonus

Interview additionnel français / Full original english interview (read past french version)

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Jim Cummings le 11/09/18 à Paris

S’agit-il d’un personnage typiquement américain selon toi ? 

Il a quelque chose de spécifique aux Etats-Unis et surtout le sud des Etats-Unis. Notamment le Texas, c’est un état tellement dingue qu’il ne pourrait vivre que là bas je pense. En Amérique dès qu’il y a une fusillade, le responsable c’est presque toujours un homme, ce n’est jamais une femme. Nous sommes dans une société dirigée par des gorilles, c’est tribal et toxique. Une société d’hommes c’est comme une compétition pour qui sera le plus stupide et agressif. C’est une vraie épidémie. Mon personnage essaye d’être cet homme viril, un peu comme John Wayne, mais il échoue. Même s’il fait de son mieux il est difficile de ne pas se dire : « Ce mec là ne devrait pas avoir le droit de porter une arme! » Puis, c’est quand on le voit qui essaye de parler de sa mère et de construire une relation saine avec sa fille, on comprend que c’est ça la solution pour ne plus être un connard.

Comment es-tu parvenu à écrire, réaliser et jouer dans le film ?

C’est très difficile! Quand tu commences, c’est terrifiant tu ne sais pas si tu en seras capable. Puis dès que tu arrives sur le plateau, tu as cette équipe qui est là pour t’aider. Si tu ne sais pas faire quelque chose, quelqu’un d’autre saura. Donc c’est aussi très amusant, surtout si tu le fais avec tes amis et pas dans un « système hollywoodien trop sérieux ». Avec tes amis tu finis par rester debout toute la nuit pour regarder les scènes que vous avez tourné la veille, c’est incroyablement stimulant parce que vous êtes en train de créer un film et ça c’est magique! Tes amis travaillent aussi souvent plus dur, nous avons tourné en seulement 14 jours en novembre et c’était complètement fou! En tant que réalisateur il faut toujours travailler trois fois plus que tous les autres. On organisait tout, pendant que je répétais et que j’apprenais mes répliques. Je donnais tout ce que j’avais pour ce film : je sautais des clôtures, je me suis cassé le bras, fracturé le coude… Pour la scène où je casse la fenêtre de la voiture, je me suis ouvert le bras mais je ne pouvais pas aller à l’hôpital parce qu’on avait pas le temps alors on a juste refermé la plaie avec de la colle, c’était délirant! Mon équipe à vu ça et ils se sont tous dit : « Bon il va falloir qu’on travaille comme des bêtes parce que Jim est en train de se tuer pour se projet! » Quant au personnage, j’avais choisi un autre acteur à l’origine mais quand on a commencé à répéter avec lui, ce n’était pas drôle du tout, c’était tragique. Il n’arrivait pas à percevoir l’aspect comique de quelqu’un qui se reprend au milieu d’une phrase ou certains des tics du personnage. Alors je lui ai dis que j’allais lui montrer ce que j’avais en tête, j’ai sorti mon portable et j’ai filmé toute la scène, comme moi je l’imaginais. Je lui ai envoyé par mail, ainsi qu’aux producteurs et au chef opérateur. J’ai reçu une réponse uniquement des producteurs et du chef opérateur disant que je devais absolument le faire moi même. J’ai commencé à me laisser pousser la moustache le jour suivant! Mais c’était vraiment par nécessité, nous n’avions pas d’argent et j’étais la personne qui tenait le plus au projet.

Si tu avais eu plus d’argent, l’aurais-tu fait différemment ? 

C’est ce que je me demande maintenant… Le prochain projet que je fais sera surement plus gros et nous aurons plus d’argent. Le problème avec ça c’est que si tu travailles dur pour un film puis que tu laisses quelqu’un d’autre s’occuper d’un petit détail, cette personne ne tient pas autant au film que toi. En post production, en tant que réalisateur et scénariste c’est un veritable combat pour que le résultat ne soit pas médiocre. Donc c’est difficile, tu verras, il y a beaucoup de gens autour qui ne travaillent sur le projet qu’une ou deux semaines donc ils ne peuvent pas autant s’investir que toi. Ils ont tendance à faire un travail passable au lieu de faire quelque chose de vraiment bien. Pour conclure je crois que la réponse est non, je vais être obligé de tout faire jusqu’à la fin de mes jours!

Quand as-tu commencé a réaliser des films ? 

Je faisais déjà des films quand j’étais au lycée, je filmais les matchs de football. Puis j’ai fait une école de réalisation et j’ai eu mon diplôme à 21 ans. J’ai pris conscience du fait que personne n’allait m’employer, justement parce que je n’avais que 21 ans. Mes amis étaient beaucoup plus confiants donc j’ai décidé de produire ce qu’ils faisaient. J’alternais entre les différentes productions et c’est devenu notre compagnie. Je me suis rendu compte que ce qu’ils faisaient n’était ni très drôle ni très important alors je me suis dis que je devrais peut être essayer et c’est devenu le court métrage Thunder Road! Mais c’était seulement 8 ans après avoir quitté mon école parce que j’étais terrifié, j’avais peur de faire quelque chose par moi même. Je me sentais tellement isolé quand je faisais des films, je n’avais aucun courage. Il y a énormément de personnes qui disent : « Tu peux faire un film mais ça ne sera pas légitime, ça ne sera pas un vrai film. » et à cause de ça j’ai perdu beaucoup de temps. Maintenant c’est mon boulot de faire des trucs comme ce qu’on fait maintenant, rencontrer, parler avec des gens parce que moi je n’ai pas eu cette chance et je me sentais vraiment seul. Mais si j’arrive à faire des films vous pouvez en faire aussi, il n’y a aucun doute là dessus!

Avais-tu dès le départ l’idée de proposer le court métrage à Sundance ?

Pas vraiment non, on a fini le tournage le 10 octobre et la sélection pour Sundance s’arrête en septembre donc c’était déjà trop tard. Je me suis dis que ça pourrait éventuellement être une vidéo populaire en ligne, que ça passerait peut-être au festival South by Southwest ou dans un festival local de Los Angeles mais certainement pas que ça pourrait aller plus loin. Mais comme ce n’était qu’un seul plan, le montage n’allait pas prendre beaucoup de temps et la date limite était seulement 10 jours avant. Donc j’ai cherché sur Google les programmateurs de Sundance, je les ai contacté sur Twitter en disant que j’étais désolé et demandant si je pouvais quand même proposer le film. Pendant 4 jours je n’ai eu aucune réponse puis j’ai eu un message disant que je pouvais l’envoyer. Apres ça il y a eu un mois pendant lequel je n’est pas arrêter d’angoisser jusqu’à ce que le téléphone sonne au milieu de la journée. J’étais allongé avec juste mes chaussettes et pas de chaussures. J’ai décroché le telephone, ils m’ont dit qu’ils voulaient projeter le film et j’ai failli me briser la nuque parce que je me suis relevé d’un coup et j’ai glissé sur le sol! Je me suis mis à pleurer au téléphone et le programmateur à l’autre bout du fil m’a répondu : « C’est très divertissant, c’est super de pouvoir vous entendre pleurer, à nouveau! » Mais au départ je n’avais aucun rêve d’être sélectionné à Sundance et encore moins de gagner! Je ne pensais pas que c’était possible. J’avais aussi entendu que tout ceux qui parvenaient à être sélectionné avaient des relations et connaissaient tout le monde. Moi je n’étais personne, je n’avais aucune connection, ils ont simplement regardé mon film.

Quel conseil donnerais-tu à un jeune étudiant en cinéma ?

L’industrie cinématographique est imaginaire, elle n’existe pas. On pense qu’on peut écrire quelque chose, l’envoyer quelque part, puis que quelqu’un va nous découvrir et venir nous aider. Ce n’est pas comme ça que ça se passe. Donc juste, fais le toi même, n’attends pas que quelqu’un te découvre. C’est tellement important de faire quelque chose par soi même, jouer, écrire ou produire un film seul. Tout le monde veut travailler sur ses propres projets et pas simplement aider quelqu’un d’autre. C’est très important que tu deviennes ton propre studio. Ecris et réalise quelque chose que seul toi peut faire. Dépasse tes limites pour que le public se demande : « Mais comment il a réussir à faire ça? » C’est le meilleur conseil que je peux donner à un jeune. Tout le monde peut y arriver, je sais que ça paraît fou mais je te le promets. Il faut juste se concentrer pour créer quelque chose d’incroyable et d’impressionnant. La seule chose qui t’en empêche c’est toi même, en pensant que tu n’est pas légitime, pas assez bon ou que si tu crées quelque chose ça ne sera pas un vrai film. Ca sera un vrai film. Si tu travailles dur dessus, les gens le regarderont, crois moi.

Thunder Road est actuellement au cinéma (lire la critique) / disponible sur Itunes le 21 octobre / Interview réalisé par Chloé Caye le 13/09/18 à Paris.

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The feature film is based on the short film you released earlier, what was your writing process like for both ? 

For the short film, we were in a hot-tub and a friend of mine told me about a funeral that he’d gone to, where someone had sung a song. It first became this idea for a monologue, I wasn’t an actor and I wasn’t really a director but I thought this could be cool. I shot the short film and it did well, then for about a year I thought I couldn’t make it a feature, because that scene would have to be the climax, the biggest part of the movie. But there’s this moment where my daughter pulls away from me at the funeral and I thought that this was so important in the short film because we see this guy go from loosing a parent to being a parent. That was so profound to me that I thought that the movie should be all about that. So I was working all day but then at night I’d go write ideas for scenes down on my phone and act out those scenes. In the end, I wrote the script in 5 nights, listening to Bruce Springsteen and drinking Budweiser in my friend’s basement! I write by acting out every scene. I’ll try it one way, then I’ll do it again and I’ll write down the best improvisation basically. You find the dialogue, the comedy, drama, realism and authenticity in speaking it out loud. I’m always surprised when people say : « I wrote a script » and it doesn’t sound good when it comes out of people’s mouth, it sounds scripted. I actually recorded the whole scenario on my phone, I did every role, put in music and sound design to make it an audio version of the movie. I sent that to my producers and the actors saying that this was what I was thinking of for the movie. We all got to hear the movie a bunch of times before we even showed up on set, it was great!

Is the main character based on you ? Do you feel like it’s a typically American one ?

I hope not! It’s a much sadder version of me, a much more clumsy and inconsiderate one. Both of my parents are still alive, I don’t have any children but I went through a divorce in 2014 and that’s probably it! The kids I went to high school with, all these cowboys kids that I grew up with, I see a lot of them in this character. He’s very specific to America and probably the American south. I think he could only live in Texas because of how crazy that state is. In America almost every shooting it’s a man, it’s never a woman. We’re in a society that’s run by gorillas, it’s tribal and toxic. A society of men is agressive and competitively stupid. It’s a real disease. My character tries to be this tough guy, this John Wayne figure but he fails. Even if he’s trying his best you can’t help but think : « This guy shouldn’t be carrying a gun! ». Then when you see him having to talk about his mom and having to build a relationship for his daughter : that’s the cure for being an asshole.

How did you manage to write, direct and act in the movie ?

It’s so difficult! When you’re starting it’s terrifying, you don’t know if you can do this. Then as soon as you get on set you have this team of people who are able to help you. If you can’t do something someone else can. So it’s also a lot of fun, especially if you do it with your friends and it’s not in some very « serious Hollywood system ». With your friends, you end up staying up late watching the footage that you shot the previous day until 2 or 3 in the morning because it’s so exciting, you’re making a movie and that’s magic! Your friends also end up working harder, we shot it in 14 days in November so less than a year ago and dude it was crazy. The best thing that you could do as a director on set is to work 3 times harder than anybody else. We did all the organisation while I was rehearsing and memorizing lines. I was killing myself for this movie, you know : jumping fences, I broke my arm, I fractured my elbow… For the scene where I’m breaking the window of the car, I cut my arm open but I couldn’t go to the hospital because we had no time, so we just super glued it shut, it was wild! My production team saw that and they were like : « Well I’m gonna work my ass off because Jim is fucking dying for this thing! » For the character, I cast another actor but when we started rehearsing it just wasn’t funny, it was tragic. He couldn’t get the comedy of saying something and then cutting yourself off halfway through or some of the small mannerisms. So I said I’d show him what I meant, I got my phone out and filmed the whole thing like I was imagining it. I sent it to him, the producers and the cinematographer. I got a reply with him not on it, saying that I had to do it! So I started to grow my moustache the next day. It was all out of necessity, we didn’t have any money and I was the person who cared about the project the most.

If you have had the money would you have done it differently ? 

I think about that now… The next project that I’m doing is probably going to be bigger and we’ll have more money. The difficulty with that is if you’re doing all the hard work for the movie and then you hand it off to someone else to do one small part, they don’t care about the movie as much as you do. So there’s a tendency of them to just do an okay job rather than really make it something great. In post production as a director and a writer it’s a battle to just make it not mediocre. It’s difficult, you’ll find that there are people around you who are just on the project for a week or two so they can’t care about it a much as you do. So I guess the answer is no, I’m gonna be stuck doing this for the rest of my life!

When did you get into filmmaking ?

I was making movies in high school, filming for the football team. Then I went to school for directing and I graduated when I was 21. I realized nobody was going to hire me to direct anything, because I was 21. My other friends were more confident than I was so I said that I’ll produce for them. I was always jumping between productions and that became our company. Then I saw them making stuff that weren’t that funny or important and I thought that maybe I should try and that became the Thunder Road film. I saw one other filmmaker called Trey Edward Shults, he made a film called Krisha, it’s incredible. I saw him making movies in his backyard with his family and I thought if he can do it, I definitely can! That was 8 years after I graduated because I was terrified, I was so scared of doing anything on my own. I felt so alone in making movies, I had no courage to make something. There are so many people that are saying : « You can make a movie but it’s not gonna be legitimate, it’s not gonna be a real movie. » and because of that I wasted a lot of time. So that’s my job on twitter now to tell people not to listen to anybody! I spend so much time doing things like this, meeting and talking to people because I didn’t have that, I was so lonely. But if I’m making movies you absolutely can. I think that’s the future, there’s a renaissance that’s happening, it’s slow but it’s going to happen. Film is going to be democratized. You can make movies on your iPhone with your friends and actually be the competition because you can make movies that connect to people in ways that Marvel just doesn’t. I think it’s the future.

Was the idea to submit the short film to Sundance present from the start ? 

Not really no, we finished shooting it on October 10th and the deadline for submitting is in September, so it was already passed. I thought at best it could be a Vimeo staff pick or that it might screen at SXSW or a local LA film festival, I thought that was the ceiling of what was possible. But since it was one shot, I din’t have to do much editing and the deadline was only 10 days beforehand. So I googled the Sundance short programmers and a couple of twitter accounts came up. I reached out on twitter and said that I was sorry and asked if I could still submit the film. For 4 days there was no response and then I got a message saying that I could submit it. Then there was a month of me just stressing out until in the middle of the day I got a phone call. I was lying down with my socks and no shoes on. I picked up the phone, they wanted to screen the movie and I almost broke my neck because I jumped up so fast and slipped on the floor! I was crying over the phone and saying that it was just like in the movie and the programmer said to me : « I’m enjoying it, this is great to hear you cry, again! » But no I had no real dreams of getting into Sundance and I obviously had no dreams of winning it. I didn’t think it was possible. Also I’d heard that anybody who got into these big festivals knew people, that they were all friends. I was a nobody, I had no connections, they just watched the movie.

What advice would you give to a young filmmaker ?

Do it yourself. The film industry is imaginary, it doesn’t exist. We imagine that we can write something, submit it somewhere, then someone is gonna discover us and help us out. That’s not how it happens. So just do it yourself, do not wait for anyone to discover you. It’s so important to make something on your own, to cast yourself in a film, to write a movie by yourself or to produce it yourself. People want to make their own things, they don’t want to help somebody else. It’s very important for you to become your own studio. Write and direct something that only you could do. Push yourself, so that the audience goes : « How the fuck did he do that ? » That’s the best advice I can give any young person. Anyone can do it, I know that sounds crazy but I swear. It just takes focusing on making something incredible and impressive. The only thing that’s holding you back is yourself, thinking you’re inadequate, you’re not good enough or if you made something it wouldn’t be a real movie. It’s gonna be a real movie. If you work hard on it people will watch it, trust me.

Thunder Road will be available on Itunes on Octobre 21 / Interview by Chloé Caye on the 13/09/18 in Paris.

Auteur : Chloé Caye

cayechlo@gmail.com

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