Ága

2018

Aga 1
©Arizona Distribution

Pour son deuxième film, le cinéaste bulgare Milko Lazarov est parti au milieu des lacs gelés et des plaines enneigées de la Iakoutie, à l’extrême nord-est de la Sibérie : dans cet environnement hostile et magnifique, il raconte un moment de la vie d’un couple de cinquantenaires, Sedna et Nanouk, dont le quotidien au plus près des éléments est peu à peu confronté aux problèmes du monde contemporain, et au passage du temps.

Le nom du personnage principal masculin fait écho au fameux Nanouk l’esquimau de Robert Flaherty : comme ce dernier, Milko Lazarov s’applique à rendre compte de la vie quotidienne de ses personnages, une structure qui semble être d’abord ici systématique (le mari va pêcher ou relever des pièges, puis raconte le soir à sa femme ce qui l’a interpellé dans la journée), mais qui parvient ensuite à donner à l’histoire toute son intensité. Si le mode de vie séculaire du couple est montré avec une précision anthropologique, il est question du thème universel des liens familiaux, le titre du film désignant le nom d’une absente, la fille de Nanouk et Sedna dont ces derniers se sont éloignés. Via une histoire commune et deux lieux principaux – la yourte isolée des parents et la mine de diamants où travaille leur fille -, le film confronte deux générations, qui ont du prendre des chemins différents.

Le printemps arrive plus tôt que prévu, les animaux sauvages se font rare… Ce n’est pas une fatalité sinon la triste constatation de réalités contemporaines qui affleurent au cours du film, à commencer par le réchauffement climatique. La présence d’avions dans le ciel rappelle que Sedna et Nanouk évoluent bel et bien dans le monde actuel. Ces visions sont notamment permises par de longs plan-séquences, qui invitent autant le spectateur au discernement qu’à l’immersion et à la contemplation. Les plans en extérieur, dans lesquels la neige et le ciel immaculés se confondent et s’unissent, où les couleurs s’estompent avec lenteur, sont organisés comme de véritables tableaux où la poésie et la beauté l’emportent. Cette douceur sublime un récit qui bouleverse tout en étant extrêmement épuré.

Ága / De Milko Lazarov / Avec Mikhail Aprosimov, Feodosia Ivanova / 1h37 / Sortie le 21 novembre 2018

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