Le Poison

Rétrospective Billy Wilder

the lost weekend 1
Ray Milland (Don Burnham) et Howard Da Silva (Nat, le barman) © Paramount Pictures

Don Burnham est un alcoolique qui, avec l’aide de son frère et sa compagne, tente de mettre fin à son addiction. Tournée en 1945, Le Poison est probablement l’oeuvre la plus sombre de Billy Wilder. Le cinéaste choisit souvent de filmer des personnages imparfaits, aux prises avec leurs défauts ou ceux du monde qui les entoure. Ce trouble, la plupart du temps identitaire, est souvent exploité par le biais du registre comique, ce n’est pas le cas ici.

 Les défauts du personnage et sa lutte ne sont nous sont pas montrés sous un angle comique mais tragique, annoncé par le plan d’ouverture. L’aspiration du personnage ne se dévoile pas ici par un travestissement, comme dans plusieurs des oeuvres de Wilder, mais par le biais de la boisson. Don rêve d’être un grand écrivain (thème cher à Wilder) mais possède le syndrome de la « page blanche ». C’est uniquement en buvant qu’il possède une illusion de liberté, tandis que le spectateur le voit s’enfermer peu à peu. Wilder traite le thème de l’alcoolisme avec une gravité marquante sans pour autant condamner complètement son personnage. Aux côtes du spectateur, il semble l’encourager comme durant une longue course contre lui-même et nous fait comprendre ses motivations en insistant sur le cercle vicieux que l’alcool installe.

Sa réalisation est précise et encadre le personnage que le cinéaste filme avec plus de gros plans qu’à son habitude. Il souligne ainsi la détresse et le tiraillement qu’on peut lire sur le visage de l’acteur , touchant et prenant dans ce rôle. La musique tragique est également presque toujours constante (voir trop), devenant absolument envahissante et créant une sorte de bruit de fond répétitif, nous renvoyant à la condition du personnage. Ce dernier fait notamment écho à celui de Fran Kubelick dans La Garçonnière que Wilder réalisera par la suite en 1960. Les deux personnages ne parviennent effectivement pas à devenir la personne qu’ils souhaitent être et se tournent alors vers le suicide. Wilder signe pourtant ici un film qui se distingue considérablement de ses autres de par sa noirceur. Dans un registre donc très different, Le Poison reste un excellent film sur la faiblesse et, paradoxalement, la volonté humaine. 

Le Poison (The Lost Weekend) écrit et réalisé par Billy Wilder / Avec Ray Milland, Jane Wyman, Howard Da Silva et Phillip Terry / 1945 / A la Cinémathèque Française les 10 et 31 janvier

Auteur : Chloé Caye

cayechlo@gmail.com

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