Stalag 17

Rétrospective Billy Wilder

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William Holden, oscarisé pour son rôle dans Stalag 17

  1944. Deux prisonniers du « Stalag 17 », un camp allemand, ont tout prévu pour s’évader, avec le soutien de leurs camarades de baraque. Le tunnel est creusé, soigneusement camouflé sous un poêle. L’itinéraire est calculé afin de ne pas être repéré par les gardes et leurs projecteurs. Le moment venu, les deux hommes s’engouffrent. Mais quand vient le moment de respirer l’air libre, trois soldats allemands les attendent et les fusillent. Comment pouvaient-ils être au courant ? Il y a forcément un traître dans la baraque… Ainsi commence Stalag 17, un film trop méconnu – à tort – réalisé par Billy Wilder en 1953 suite à l’échec commercial du Gouffre aux chimères. Une voix off annonce en ouverture, avec ironie et désenchantement, en avoir marre des films de guerre traditionnels, spectaculaires et sensationnels. Il est en effet tout le contraire, et prend un parti pris inédit : c’est un film d’évasion, dans le veine de ceux de Jean Renoir, doublé d’une intrigue d’espionnage, qui reste jusqu’au bout une comédie. Cynique, bien entendu.

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L’Odyssée de Charles Lindbergh

Rétrospective Billy Wilder

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James Stewart dans le cockpit du Spirit of St. Louis

Le 21 mai 1927, Charles Lindbergh devient le premier pilote à relier New York à Paris sans escale et en solitaire, en l’espace de 33 heures, à bord de son avion The Spirit of Saint Louis. Avec un cahier des charges contraignant – ne mettre en scène que le vol transatlantique lui-même et s’en tenir au livre de Lindbergh -, Billy Wilder réalise un film d’aventures aériennes captivant, avec James Stewart dans le rôle de l’aviateur.

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Le Poison

Rétrospective Billy Wilder

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Ray Milland (Don Burnham) et Howard Da Silva (Nat, le barman) © Paramount Pictures

Don Burnham est un alcoolique qui, avec l’aide de son frère et sa compagne, tente de mettre fin à son addiction. Tournée en 1945, Le Poison est probablement l’oeuvre la plus sombre de Billy Wilder. Le cinéaste choisit souvent de filmer des personnages imparfaits, aux prises avec leurs défauts ou ceux du monde qui les entoure. Ce trouble, la plupart du temps identitaire, est souvent exploité par le biais du registre comique, ce n’est pas le cas ici.

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Les romances croisées de Billy Wilder : « La Valse de l’Empereur » et « Avanti! »

Rétrospective Billy Wilder

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Juliet Mills (Pamela Piggott) et Jack Lemmon (Wendell Armbruster Jr.) © United Artists

Billy Wilder, originaire d’Allemagne, met souvent en scène un personnage américain dans un pays d’Europe. Le climat européen possède en effet la capacité de transformer ce personnage ou de lui permettre une ouverture d’esprit nouvelle. Dans La Valse de l’Empereur, Virgil Smith est un voyageur américain qui rencontre la Comtesse Johanna Augusta Franziska von Stoltzenberg-Stolzenberg en Autriche, alors que dans Avanti! c’est en Italie que Wendell Armbruster Jr. fait la connaissance de Pamela Piggott. Dans ce dernier sorti en 1972, le réalisateur propose un moment d’adaptation au personnage américain qui a souvent du mal à s’accoutumer aux moeurs européens. Ce choc culturel se retrouve dans la relation conflictuelle que les personnages possèdent que l’on retrouve aussi dans La Valse de l’Empereur, sorti auparavant en 1948. Si l’un des personnages est retissant, l’environnement joue un rôle primordial en tant que facteur de la création du couple. Qu’il s’agisse de l’île au milieu de la mer sur les côtes d’Italie ou de celle au milieu d’un lac en Autriche, ce contexte romantique est toujours en faveur de la relation naissante. Wilder propose également dans les deux cas une critique amusante de chaque pays, poussant des clichés connus de tous à leur extrême.

Cependant cette relation n’est jamais une surprise pour le spectateur car Wilder parvient à annoncer les romances de ses personnages par le biais d’une autre histoire. Ainsi dans La Valse de l’Empereur, le chien, batard et américain de Virgil va se faire mordre par celui de race pure appartenant à la comtesse. Très vite après le chien de la comtesse devient neurasthénique et le seul moyen de la soigner est de réconcilier les deux chiens, durant cette réconciliation les animaux vont cependant tomber amoureux. Le spectateur devine aisément que cette scène possède une qualité prémonitoire et que les problèmes de races qui opposent les animaux deviendront rapidement ceux de classes qui opposeront leurs deux maîtres. 

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Hollywood vu par Billy Wilder : « Boulevard du crépuscule » et « Fedora »

Rétrospective Billy Wilder

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William Holden (Joe Gillis) et Gloria Swanson (Norma Desmond) dans Sunset Boulevard © Paramount Pictures

Un corps inerte flotte dans la piscine d’un manoir à Los Angeles – scène d’ouverture mythique d’un des plus grands chefs d’oeuvre de Billy Wilder. Boulevard du crépuscule sort en 1950, sa fin tragique nous est annoncée dès les premières minutes, le spectateur écoute un homme mort lui narrer son histoire. Cette histoire c’est celle de Joe Gillis, scénariste à Hollywood, qui rencontre Norma Desmond, ancienne star de cinéma, qui va lui demander de l’aide pour écrire le film qui marquera son grand retour à l’écran. Dans Fedora, c’est une jeune fille paniquée qui court vers un train, son nom, Fedora, est prononcé et la jeune femme se retourne une dernière fois avant de se jeter sous le train. Scène d’ouverture encore une fois annonciatrice et représentative de la notion de fatalisme dans le film noir, genre dont Wilder participe à la création. Dans ce film sorti en 1978, Barry Detweiler, un producteur, tente de retrouver Fedora, grande actrice de cinéma, vivant en réclusion, afin de la convaincre de faire son grand retour dans le film qu’il a écrit.

Ces deux oeuvres posent un regard intime et personnel sur Hollywood à deux moments très distincts de la vie de Wilder. Dans Boulevard du crépuscule, Joe semble être une personnification de la place des scénaristes dans l’industrie : travaillant dans des conditions parfois précaires et soumis à des contraintes insoutenables, ils peinent à obtenir la reconnaissance du public. On peut y voir les propres réticences de Wilder à l’égard d’un travail souvent ingrat, ce qui l’aurait d’ailleurs poussé vers la réalisation après sa carrière de scénariste. Son personnage est ensuite confronté à celui de Betty Schafer. Jeune scénariste, elle croit encore au pouvoir de l’écriture et rêve de succès. Le réalisateur nous livre avec son humour cinglant habituel, une vision sinistre d’une industrie qui transforme les optimistes en cyniques. Wilder, qui avait déjà connu un grand succès en tant que réalisateur à cette époque, nous raconte les sentiments qui l’habitaient lorsqu’il découvre le monde d’Hollywood. A l’inverse, dans Fedora c’est un regard vers le futur avec une peur affirmée du déclin qui ressortent de l’oeuvre.

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