Les meilleurs films sur le cinéma

Jacques Perrin dans Cinema Paradiso de Giuseppe Tornatore © TF1 films production

En tant qu’art récent parmi tant d’autres, le cinéma a vite eu besoin de s’inventer des origines, de réécrire son histoire. À travers les genres et les époques, la question du cinéma intrigue les réalisateurs, fascine les scénaristes et inspire les acteurs. Qu’on y vante sa magie ou dénonce ses dangers, c’est bien au cinéma qu’on parle le plus de…cinéma ! Voici notre sélection de dix films qui s’interrogent sur l’art et l’industrie dont ils sont issus.

Boulevard du crépuscule, de Billy Wilder (1950)

Billy Wilder nous emmène vers des contrées égarées d’un âge d’or hollywoodien passé en pleine décrépitude, qui s’incarne à merveille dans ces villas à demi abandonnées bordant l’océan pacifique, témoins d’un passé faste. Joe Gillis (William Holden), scénariste raté, rencontre par hasard Norma Desmond (Gloria Swanson, dans son propre rôle), icône déchue du cinéma muet recluse dans son immense propriété en friche accompagnée de son fidèle serviteur Max (Erich von Stroheim, confondant lui aussi persona et personnage). Très vite, le scénariste rapace se trouve dans une impasse : continuer de profiter de la fortune de sa nouvelle mécène ou refuser les avances de celle pour qui il ne ressent que le dégoût ? C’est par la structure du film noir que Wilder conduit sa barque, tendu entre son admiration pour ces figures éternelles de l’âge d’or du cinéma muet, le regard sévère qu’il porte envers ces âmes errantes, égarées dans la modernité et une satyre tout aussi dure des nouveaux enjeux économiques d’un Hollywood toujours plus avide de spectaculaire. – Pierre Gaudron

Chantons sous la pluie, de Stanley Donen et Gene Kelly (1952)

Chantons sous la pluie est sans doute la comédie-musicale la plus appréciée de ceux qui n’apprécient pas la comédie-musicale. Déclaration passionnelle à la machine à rêves, le film de Gene Kelly et Stanley Donen n’a pas fini de séduire. Aucun genre ne se sera autant intéressé à lui même que la comédie-musicale : Chantons sous la pluie cite celles arrivées avant et redéfinit de nouveaux standards pour celles qui viendront après. L’avant et l’après au sein de l’intrigue c’est le cinéma muet et le cinéma parlant (et dansant). Ce que Chantons sous la pluie nous apprend est qu’il est possible de regarder avec nostalgie vers le passé et avec impatience vers l’avenir, sans avoir à choisir. Ce sont deux histoires d’amour intrinsèquement liées : celle que vivent les personnages et celle que nous vivons pour eux. C’est une ode à une industrie miraculée et miraculeuse. Une mise en abîme qui s’élève vers les sommets. Car oui, il existe un monde où même les gouttes d’eau savent danser. – Chloé Caye

Gene Kelly dans Chantons sous la pluie de Stanley Donen et Gene Kelly

 Une étoile est née, de George Cukor (1954)

Les stars de cinéma : un sujet qui ne cesse de passionner. Esther Blodgett rêve de devenir une grande vedette. Norman Maine, un acteur de renom, lui ouvre les portes des studios. Alors qu’Esther décroche les premiers rôles, ceux offerts à Norman se font le plus en plus rares. Carrière et couple, couple et carrière : entre bienveillance et jalousie. L’amour survit-il à l’ambition ? La question au cœur d’Une étoile est née n’a rien de révolutionnaire. Pourtant, de ces deux destins aux trajectoires contraires qui s’emmêlent et se démêlent émane un sentiment de fatalité; aussi belle qu’inébranlable. Une étoile est née c’est William A. Wellman en 1937, George Cukor en 1954, Frank Pierson en 1976 et (tragiquement) Bradley Cooper en 2018. Pourquoi 1954 ? Dans un premier temps, pour George Cukor qui réalise là son premier film en couleurs, alternant grandiose et intime avec finesse. Ensuite, pour James Mason, déchirant dans ce rôle d’homme et acteur en déclin. Mais principalement pour Judy Garland, qui signe son grand retour : l’enfant prodige qu’Hollywood avait failli tuer. Après maintes tentatives de suicide, traitements, séjours en hôpital psychiatrique et rejets de la part des studios, Garland – à travers Esther – raconte l’arrivée du succès et chante la déchéance. Troublant et sublime. – C. C.

Huit et demi, de Federico Fellini (1963)

Un réalisateur en crise d’inspiration décale le tournage de son film pour suivre une cure. Entre la préparation de son long-métrage, sa femme, sa maîtresse et ses désirs, à travers le personnage de Guido (Marcelo Mastroianni), Fellini nous livre un récit très personnel, dans les coulisses des rapports entre un auteur et son art, entre un créateur et son œuvre. Dans son huitième film et demi et à travers son double fétiche, Fellini expose les revers d’un métier fantasmé. Mais entre règlements de comptes, auto-psychanalyses et rêves, le réalisateur italien nous charme par sa sensibilité, dans une mise en abyme de et sur son médium de prédilection. – Lise Clavi

Marcello Mastroianni dans Huit et demi de Federico Fellini

La Nuit américaine, de François Truffaut (1973)

Impensable bien sûr, dans un top consacré aux meilleurs films sur le cinéma, d’oublier le classique de Truffaut, adulé par les plus grands et considéré par certains comme le chef d’œuvre absolu, avec Huit et demi, sur le thème. Pas question donc de déroger à la règle, non par convention, mais bien parce que le film propose une conception peu exposée et pourtant évidente de la création cinématographique, en tant que celle-ci apparaît justement moins comme création que comme fabrication. L’essence de l’œuvre est ainsi contenue dans son titre qui évoque le procédé permettant de tourner des scènes nocturnes en plein jour. La recréation fictive du tournage d’un film permet à Truffaut de donner une place équivalente à tous ceux qui le rendent possible, et de célébrer ainsi la dimension technique, artificielle et collective du cinéma. Sous les traits de Ferrand, Truffaut se montre étonnamment en humble artisan. Un artisan pour qui le cinéma et la vie n’ont rien à voir, alors que le tournage turbulent que son équipe et lui-même essuient atteste brillamment du contraire. – Albin Luciani

Blow out, de Brian De Palma (1981)

Blow Out est sans conteste l’un des meilleurs films de Brian De Palma mais aussi l’un des meilleurs sur le processus de réalisation d’un film. À travers l’histoire d’un preneur de son captant accidentellement l’enregistrement de ce que son instinct lui dit être un meurtre, De Palma propose un métrage métafilmique parfaitement maîtrisé. En regardant le personnage principal examiner attentivement le son et tenter de le relier aux photographies de la scène du crime, il s’engage dans un processus de création d’un récit qui fait écho à la production même des films. L’admiration que De Palma voue à Hitchcock est indéniable. Tandis que Jack Terry tente de prouver l’existence du complot en créant son propre film, Blow Out nous offre une fenêtre à travers laquelle observer la mise en scène romancée et sordide de la création cinématographique. – Lucie Legrain

John Travolta dans Blow out de Brian De Palma © Mission

La rose pourpre du Caire, de Woody Allen (1985)

New York, années 1930. Cecilia est une jeune femme rêveuse qui trouve dans le cinéma une échappatoire à son quotidien morne et misérable de serveuse au mari alcoolique. Un jour, alors qu’elle assiste pour la cinquième fois à une séance de La Rose pourpre du Caire, le jeune premier du film, Tom Baxter, l’interpelle, sort de l’écran et s’enfuit avec elle, laissant les autres personnages médusés et paniqués. Avec ce scénario fantasmatique construit autour de la disparition du quatrième mur, Woody Allen renverse judicieusement le principe de l’identification du spectateur aux personnages du film : Tom Baxter rêve de quitter le monde clinquant de la fiction, pour rejoindre les aspérités du réel de Cecilia. Situant l’action en pleine Grande Dépression, Woody Allen pose un regard ironique sur un cinéma classique pétillant et brillant qui cachait la misère d’un monde terne, et renforce cette dichotomie par la coexistence du noir et blanc et de la couleur. La Rose pourpre du Caire est un bel hommage au cinéma, emprunt d’une revigorante nostalgie. – Claire Massot

Cinema paradiso, de Giuseppe Tornatore (1988)

Le cinéaste Salvatore De Vita a quitté son village natal de Sicile il y a trente ans. L’annonce brutale de la mort d’Alfredo, le projectionniste auprès duquel il a tout appris, l’y ramène malgré lui. Construit sur un flash-back, le film nous entraîne dans le pèlerinage mémoriel qu’entreprend son personnage principal. Giuseppe Tornatore retrace avec Cinema Paradiso l’histoire de la salle de cinéma et ses transformations, de la salle paroissiale dans laquelle Salvatore enfant s’émerveille devant le mystère de la projection, jusqu’à la salle vide et tout confort de la scène finale, en passant par le flambant neuf Nuovo Cinema Paradiso construit à la suite d’un incendie. Tornatore réalise là un portrait nostalgique et idéaliste de la salle de cinéma à son âge d’or : lieu populaire et politique par excellence, lieu de vie où l’on peut dormir, fumer, boire, parler… Et si le caractère profane du cinéma s’oppose au sacré de l’église, les deux lieux partagent toutefois la même fonction de réunir. Bref, Cinema Paradiso est une célébration lumineuse du septième art, sous-tendue par le mythe de la fin de la salle, qui s’achève en beauté par une ode émouvante et joyeuse portée par la musique d’Ennio Morricone. A voir, pour cette ultime séquence-inventaire cinéphile et pour Jacques Perrin. – C. M.

Mulholland drive, de David Lynch (2001)

Mulholland Drive a marqué toute une génération de cinéphiles, contribuant largement à instituer David Lynch comme une figure majeure du cinéma américain. Un film impossible à résumer, qui cristallise les craintes et désirs inconscients du cinéaste comme du spectateur face à une industrie cinématographique américaine aux rouages troubles. Tout dans Mulholland Drive transcrit l’insondable, le fantasme d’un maître des pantins invisible aux visées obscures, régissant le monde et sa représentation. Au cœur du film, le spectacle cinématographique lui-même, l’orchestration sans orchestre, la transformation de l’être en personnage, du rêve en cauchemar, du désir en force destructrice. Un bal de masques qui ne tombent que pour en dévoiler d’autres, un film comme une errance fantasmée, une abîme insondable, une révélation de tout instant (celle de Naomi Watts notamment)… Le cinéma en somme. – P. G.

Laura Harring et Naomi Watts dans Mulholland Drive © Studio Canal

Holy motors, de Leos Carax (2012)

Presque unanimement désigné comme le sommet de la carrière de Carax, du moins à ce jour, Holy motors entraîne le spectateur dans les vagabondages de Monsieur Oscar (Denis Lavant), conduit en limousine par la troublante et dévouée Céline (Edith Scob) dans les rues de Paris. Plusieurs épisodes jalonnent l’itinérance d’Oscar dont l’ouvrage consiste à devenir un autre à chaque étape de sa journée. Construit comme une succession de films dans le film, reliés notamment par le trajet du véhicule, le théâtre baroque de Carax déploie davantage qu’une réflexion sur le travail, le corps et l’éthique de l’acteur, sa vocation « sisyphéenne » à faire et à refaire sans cesse différemment. Dans Holy motors, c’est toute la vie qui devient l’espace du faux et du travestissement, un espace où Oscar/Lavant, le double alter ego de l’auteur, arpente au gré de ses identités une vaste galerie de genres et de figures. Transparaît alors la vénération indéfectible de Carax pour la sainte machine cinéma, une dévotion qui s’avère être le motif principiel de l’œuvre : elle offre un sublime requiem, mystérieux et pénétrant, à ce que le septième art fut un temps. – A. L.

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