Glass

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©Universal Pictures / Jessica Kourkounis

Le caméo de Bruce Willis à la fin de Split (2017) avait créé la surprise en appelant irrémédiablement une suite qui viendrait à la fois révéler et clore une trilogie entamée par Incassable (2000). Glass se présente ainsi comme le troisième morceau du puzzle imaginé par M. Night Shyamalan, et réunit les trois personnages phares des deux opus précédents : David Dunn (Bruce Willis), l’homme « incassable » dont la force physique est mise au profit de la réparation des injustices, son antagoniste Elijah Price (Samuel L. Jackson), qui est atteint de la maladie des os de verre, et Kevin Wendell Crumb (James McAvoy), psychopathe aux multiples personnalités dont l’une d’entre elles est « La Bête », identité surhumaine et violente développée en réaction à son enfance malheureuse.

M. Night Shyamalan, maestro des retournements de situation, surprend en amenant assez rapidement le premier conflit attendu entre le « gentil » David Dunn et la « méchante » « Bête »,  comme s’il fallait arriver au plus vite dans l’espace où se déroule l’essentiel du film : un hôpital psychiatrique, dans lequel les trois protagonistes sont envoyés afin d’être étudiés par une psychiatre rationaliste (Sarah Paulson), spécialiste des personnes qui s’identifient de manière excessive aux héros des comics. Dans ce lieu (invraisemblablement mal surveillé alors qu’il abrite les trois personnes les plus potentiellement dangereuses du monde), un huis-clos prend le temps de s’établir, assez bavard, qui ne dispense pas de quelques longueurs heureusement jamais pesantes grâce à la mise en scène dans laquelle chaque cadrage est pensé. S’instaure alors une atmosphère tendue réussie, parfois proche de la claustrophobie inspirée dans Split. Les cellules dans lesquelles les trois personnages sont enfermés deviennent des zones de tous les dangers. La menace est multipliée par la personnalité du schizophrène interprété par James McAvoy (très brillant, aussi terrifiant qu’émouvant), et par celle d’Elijah, marionnettiste d’autant plus machiavélique que son apparence est paradoxalement faible – il est assis dans un fauteuil roulant, le visage penché à cause d’une fracture et les membres fragilisés. Une séquence entre Elijah, un gardien et sa lampe torche, qui met en avant la force de l’esprit face à la violence physique et gratuite, est particulièrement révélatrice du moteur du récit.

 Comme dans Incassable, M. Night Shyamalan reprend la structure des comics pour interroger leur sens. Glass est un anti-blockbuster qui préfère s’épancher sur les origines d’un genre qu’il s’applique habilement à renouveler. Il retourne les préjugés des spectateurs habitués aux franchises sans âme, un effet qui culmine dans une séquence finale malicieusement amenée. Il ne fait pas reposer le film sur des effets spéciaux, tout est contenu dans la force même des personnages. Et quand on croit être tombé dans le piège au même titre que l’un d’entre eux, voilà que celui-ci nous révèle à son tour une surprise. Ce principe scénaristique est à la base d’une philosophie plus large : de la même manière que le scénario ne présente les potentialités et le tréfonds de l’âme des personnages que progressivement, selon leur autonomisation (ou non), il n’appartient qu’aux hommes eux-mêmes de développer leurs propres capacités. C’est en partie en réaction à cela que chacun des personnages est lié à un héritage. Dans Incassable, les capacités physiques exceptionnelles de David Dunn/Bruce Willis se révélaient par l’épreuve individuelle de ses forces et par le truchement du regard de son fils, qui verbalisait aussi l’héroïsme de son père. Avec Glass, chacun des trois protagonistes fait un legs, s’adressant à un proche (un fils, une mère, une amie). Un film de super-héros qui explore son ontologie, questionnant la croyance dans la nature humaine et la transmission, ce n’est tout de même pas si courant.

Glass / De M. Night Shyamalan / Avec James McAvoy, Samuel L. Jackson, Bruce Willis, Sarah Paulson, Anya Talyor-Joy / 2h10 / États-Unis / Sortie le 16 janvier 2019

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