Face à la nuit

Actuellement au cinéma

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@The Jokers Films

Les premiers faits sont frontaux, inexplicables. Un homme se suicide du haut d’un immeuble. Un peu plus tard, c’est un acte de vengeance froid et violent qui interpelle… Les mystères initiaux de Face à la nuit se lèveront peu à peu au terme d’une intrigue à trous, à l’envers de la chronologie. Le réalisateur malaisien Wi Ding-ho a choisi une structure qui remonte le temps pour raconter l’histoire tourmentée de Zhang Dong Ling. Avenir, présent, passé, trois moments qui nous en apprennent chacun un peu plus sur la raison de ses actes, et dévoilent ce qui se cache sous le poids des années. Été comme hiver, quelle que soit la saison, l’action se déroule la nuit : l’atmosphère est posée.

C’est dans sa première mesure que le film se montre original par rapport à la lignée de polars asiatiques, surtout chinois/hongkongais, dans laquelle il se place. Face à la nuit propose en effet un anachronisme fertile entre le grain de son image, tournée en 35mm, et une mise en scène astucieuse de nouvelles technologies imaginaires – en 2049, chacun est constamment localisé, muni d’une puce, tandis que des drones surveillent la ville. Troublante, palpable, cette proposition de science-fiction est assez inédite. Ensuite, le déroulement de la structure en trois parties parvient à dépasser sa simple fonctionnalité narrative : la chronologie inversée signale paradoxalement, à chaque mouvement, un pas inéluctable vers la fin de l’innocence (alors qu’on s’y dirige, puisqu’on remonte le temps). C’est étrangement ainsi que l’on ressent la teneur tragique du destin du héros, ou de l’anti-héros, rappelant cette idée selon laquelle le personnage du film noir court après lui-même. Le titre international renforce d’ailleurs ce fatalisme essentiel inhérent au genre : Cities of last things.

Tout est affaire d’atmosphère. Quelque chose d’onirique rappelle Un grand voyage vers la nuit, le film de Bi Gan sorti en janvier dernier, qui nous avait impressionné de bout en bout jusqu’à son long plan-séquence en 3D. Face à la nuit dispense comme lui une sensation vaporeuse, celle d’un rêve, mais un rêve éveillé cette fois tourné vers un pessimiste prégnant. Une noirceur de tous les plans qui n’est pourtant pas exempte de romantisme, et qui en fait même son fondement : les étapes marquantes de la vie de Zhang Dong Ling sont liées à des crises de son comportement, mais aussi à des rencontres avec des femmes, surtout deux. L’une auprès de laquelle naît un désir amoureux, et l’autre avec qui il est lié sans le savoir, et qu’il rencontre à la suite d’une course poursuite assez cocasse. Ces deux moments forts du film sortent de l’obscurité ambiante et font retrouver l’espace d’un instant un peu de chaleur humaine, qui semble avoir disparu dans le futur de 2049…

Face à la nuit / De Wi Ding-ho / Avec Jack Kao, Lee Hong-Chi, Louise Grinberg / 1h47 / Taïwan / Sortie le 10 juillet 2019

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