Roubaix, une lumière

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Roschdy Zem et Léa Seydoux @Shanna Besson

Un polar signé Arnaud Desplechin ? Sur le papier, le projet est très attrayant mais il a de quoi surprendre, venant d’un réalisateur qui se distingue, depuis ses débuts, par son sens profond du romanesque, ses personnages au langage châtié, plongés dans des histoires familiales et amoureuses en milieu bourgeois… Avec Roubaix, une lumière, Arnaud Desplechin quitte en effet sa zone de prédilection pour l’enrichir d’une façon inédite : faisant du réel la matière même de son film, il s’inspire d’un fait divers survenu en 2002 à Roubaix, l’assassinat d’une femme de 73 ans par ses deux voisines, alcooliques et toxicomanes.

Comme dans Un conte de Noël (2008), l’action se situe à la fin du mois de décembre à Roubaix, la ville d’origine d’Arnaud Desplechin, mais le décor n’est pas celui d’une demeure cossue : il s’agit du commissariat central et des rues mal éclairées de la ville, où les arrestations et les incendies de voiture sont fréquents. Face au constat de la misère urbaine de la commune la plus pauvre de France, le réalisateur commence par organiser de saisissants moments de naturalisme. Tout sonne juste, que ce soit une scène anodine de dépôt de plainte, un échange entre collègues ou une arrestation, dans un climat mêlant l’obscurité extérieure et le calme tranquille des policiers. Le resserrement de la deuxième partie est quant à lui brillamment élaboré, consacré au chassé-croisé des interrogatoires des deux suspectes. Le film doit beaucoup à la précision émotionnelle de ses interprètes : Roschdy Zem, impressionnant de mystère et de charisme en commissaire expérimenté et solitaire, Antoine Reinartz, parfait en nouvelle recrue en quête de vérité intérieure, et le tandem Léa Seydoux-Sara Forestier, toutes les deux vibrantes dans la peau de ces deux femmes peu à peu submergées par la force d’une vérité qui les dépasse.

L’écriture ciselée du réalisateur de Trois souvenirs de ma jeunesse (2014) concède une humanité déconcertante à chaque personnage, elle leur injecte de la lumière tout étant mise au service d’un pur ancrage dans le réel, d’une retranscription scrupuleuse des faits. Cette volonté de se tenir au plus près de ce qui s’est passé est astucieusement mise en abime à l’intérieur du film, lorsque les jeunes femmes doivent rejouer la scène du crime le plus fidèlement possible. Chaque geste compte dans la reconstitution, l’une apporte à l’autre ce qui permet de corriger l’erreur qui détournerait de l’exactitude. Un travail en miroir de celui du cinéaste, poussé par l’ambition de sonder le mystère du crime, de l’action qui échappe à la conscience, et d’interroger le spectateur devant l’inexplicable vérité. Pari réussi.

Roubaix, une lumière / D’Arnaud Desplechin / Avec Roschdy Zem, Léa Seydoux, Sara Forestier, Antoine Reinartz / France / 1h59 / Sortie le 21 août 2019

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