Jeremy Irons et les drames romantiques : Fatale et Lolita

Rétrospective Jeremy Irons

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Jeremy Irons (Humbert Humbert) et Dominique Swain (Lolita) © Pathé films, Samuel Goldwyn Company

Dans Fatale Jeremy Irons incarne Stephen Fleming, un politicien britannique aisé dont la vie professionnelle et familiale frôle la perfection. Cette sérénité est brusquement troublée lorsque Stephen entame une aventure avec la fiancée de son fils. Quelques années plus tard, l’acteur britannique reprendra un rôle similaire en incarnant Humbert Humbert, le célèbre protagoniste du roman Lolita.

Pour Fatale (1992), adaptation par le réalisateur Louis Malle de la nouvelle de Josephine Hart, le rôle féminin est proposé à différentes actrices avant que Juliette Binoche ne soit finalement choisie. Celui de Stephen Fleming semble quant à lui conçu sur mesure pour Jeremy Irons. Il s’agit en effet du type de personnages auquel l’acteur est habitué. Il se glisse aisément dans la peau des aristocrates ou politiciens britanniques grâce à sa posture, sa pudeur, son accent et son charme digne des gentlemen les plus romanesques. Surprenant alors de voir que le dilemme moral qui pourrait être soulevé par une liaison avec la fiancée de son fils ne se pose que très peu et que c’est purement la consommation de cette relation qui obsède le personnage. Quant à la nature de celle-ci, il ne s’agit pas d’amour mais bien de désir. Irons n’incarne aucunement l’amoureux transi mais bien l’homme frustré, fiévreux et rongé par ses pulsions. Elles-mêmes se matérialisent par des scènes d’une animosité (parfois grotesque) brutale et probablement renforcée par le fait que Juliette Binoche et Jeremy Irons s’entendirent mal pendant le tournage du film. 

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Jeremy Irons ( Stephen Fleming) et Juliette Binoche (Anna Barton) © Canal+, New Line Cinema

Mais c’est bien Lolita (1997) qui marque réellement l’accomplissement d’une tension secrète et érotique entre deux personnages. Dans cette nouvelle adaptation du roman de Vladimir Nabokov, Jeremy Irons partage l’écran avec la jeune Dominique Swain. Alors que Fatale se concentrait sur la relation en elle-même, Lolita appui sur l’avènement de celle-ci : Humbert Humbert, est un écrivain qui depuis sa première aventure sexuelle, développe un penchant pédophile. Son intérêt se porte alors sur Lolita, une jeune fille avec qui il réside. Pour se rapprocher de celle qu’il désire il en vient à épouser sa mère et ainsi avoir la garanti de toujours rester proche de la fillette. L’acteur britannique n’est pas le premier choix du réalisateur Adrian Lyne pour incarner cet écrivain américain. Après l’adaptation – réussie mais moins fidèle à l’œuvre originale – de Stanley Kubrick en 1962, peu de réalisateurs osent s’attaquer à ce sujet et de nombreux acteurs refusent ce rôle qui nuirait à leur image. Jeremy Irons est alors un choix étrange mais justifiable. L’acteur, certes plutôt classique, avait prouvé son ouverture d’esprit lorsqu’il s’agit de la sexualité des personnages qu’il interprète : Faux-semblants (1988) de David Cronenberg, dans lequel il tourne quelques années auparavant, s’intéresse notamment à la question de la sexualité déviante. Thème qu’il reprendra en retrouvant le réalisateur pour M. Butterly (1993), s’interrogeant cette fois sur le travestissement et la transexualité. Avec Lolita c’est l’amour interdit par excellence qui est porté à l’écran : Humbert Humbert, bouffi de désirs, rougi malgré lui lorsque la jeune fille effleure sa jambe. Dangereusement, il observe et flirte tout en préparant le « viol idéal ». Ce sont ces rôles très controversés et que beaucoup d’acteurs hollywoodiens jugeaient trop tabous qui donnent à la filmographie de Jeremy Irons une profondeur riche. 

Dès sa première collaboration avec Cronenberg, l’acteur commence à se détacher de l’image de gentlemen à laquelle il est le plus souvent associé. Fatale lui permet ensuite de la détourner en interprétant un personnage d’une apparente droiture qui s’adonne à des plaisirs plus polémiques. Un amour du risque qu’il confirme dans un Lolita plus moderne et moins sage que son prédécesseur. Dans ces deux films à la conclusion sanglante, l’acteur se met (littéralement) à nu et nous offre des performances non seulement plus physiques mais aussi plus instinctives. Ces personnages violents et rongés par leurs secrets nous laissent paradoxalement entrevoir une vulnérabilité désarmante. Jeremy Irons rend aisément ces anti-héros parfois détestables, souvent pathétiques mais toujours profondément sincères. 

Fatale / De Louis Malle / Avec Jeremy Irons, Juliette Binoche / Etats-Unis – France / 1h52 / 1992.

Lolita / D’Adrian Lyne / Avec Jeremy Irons, Dominique Swain / Etats-Unis – France / 2h17 / 1997.

Auteur : Chloé Caye

cayechlo@gmail.com

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