The Loudest Voice

Disponible sur Canal+

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Face à face malsain entre Naomi Watts et Russel Crowe – © Showtime

En sept épisodes, The Loudest Voice raconte l’effrayant trajet parcouru par l’homme d’affaires Roger Ailes, depuis la création de la chaîne conservatrice Fox News en 1995 jusqu’à sa mort en 2017 quelques mois avant l’élection de Donald Trump.

Devant The Loudest Voice, difficile de ne pas penser à Vice d’Adam McKay sorti en 2018. D’abord parce que la transformation physique de Russel Crowe n’est pas sans rappeler celle de Christian Bale se glissant dans la peau de Dick Cheney, pour un rendu similaire (bedonnant, dégarni et à lunettes) ; mais surtout en ce que les deux œuvres poursuivent un même but, celui de se pencher sur une figure ayant joué un rôle clé dans la construction de ce que sont les États-Unis aujourd’hui. Un point de vue complémentaire d’ailleurs intéressant : là où Dick Cheney, vice-président de George W. Bush, a œuvré au cœur du pouvoir et donc influé directement sur les politiques du gouvernement, The Loudest Voice montre comment Roger Ailes a effectué un travail de fond en produisant un lavage de cerveau réactionnaire sur la population de son pays.

Si Vice ne réservait déjà pas un traitement particulièrement flatteur à Dick Cheney, Roger Ailes n’a rien à lui envier. Ambitieux, colérique, manipulateur, réactionnaire, agresseur sexuel… Autant de caractéristiques qui seraient sans doute moins dérangeantes sans les qualités qui les accompagnent, celles d’un meneur d’homme doublé d’un redoutable stratège. Et tout en assistant avec un certain degré d’horreur à la mise en branle de la machine Fox News, on ne peut qu’être fasciné par la façon dont elle est relatée.

Malgré son protagoniste si abject, en faisant le choix de prendre la forme d’un cauchemar politique plutôt que d’un documentaire, la série est passionnante. Le sommet de l’effroi étant sans doute atteint quand, après que la série a passé sept épisodes à démontrer le danger représenté par Ailes et sa chaîne, les membres de l’équipe de Fox News semblent se désolidariser de leur patron, s’effrayant eux-mêmes de l’ascension de Donald Trump…

Fox New est donc une chaîne de télévision fondée sur la manipulation du spectateur, la flatterie de ses bas instincts et la désinformation, voire le mensonge. Une créature à l’image de son démiurge, dont tout l’univers est fondé sur un détournement ou une dissimulation de la vérité – et on notera l’hypocrisie avec laquelle Roger Ailes passe son temps à reprocher à ses adversaires d’employer des méthodes qui sont précisément les siennes. The Loudest Voice cherche à être la série de l’ère de la post-vérité, vérité que son créateur Tom McCarhty semble avoir à cœur de rétablir. C’était déjà, avec un autre sujet en ligne de mire, son ambition dans Spotlight, qui lui a valu deux oscars en 2015. Tout comme les enquêtes du Boston Globe sur la pédophilie dans l’église catholique américaine qui avaient fourni la matière première du film, c’est également un travail journalistique sur lequel se fonde la série, le livre d’enquête The Loudest Voice in the Room, de Gabriel Sherman.

Une vérité douloureuse mais nécessaire, donc, que ce portrait à charge en forme de pamphlet informatif. Pour reprendre notre comparaison initiale, on décèlera peut-être ici, comme Adam McKay le faisait remarquer avec beaucoup d’humour et d’auto-dérision à ses personnages dans Vice, un « biais gauchiste» (« a liberal bias ») dans la représentation des faits. Mais c’est sans aucun doute ce qui fait sa saveur.

The Loudest Voice / De Tom McCarthy et Alex Metcalf / Avec Russel Crowe, Sienna Miller, Seth McFarlane, Annabelle Wallis, Naomi Watts, Simon McBurney / États-Unis / 7 x 60mn / 2019  / Disponible sur Canal +.

3 réflexions sur « The Loudest Voice »

  1. J’espère que la série est meilleure que « Scandale », le film pubard sorti en janvier sur le même Roger Ailes ; un spot de 1 h 30 pour Head’n Shoulders.

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  2. Je n’ai pas vu le film, mais d’après ce que j’ai lu, la série est effectivement bien meilleure ! Je dois reconnaître qu’après sept heures devant sa vilaine bobine j’avais peu envie de continuer à fréquenter l’individu…

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