Rencontre avec : César Díaz

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César Díaz et sa Caméra d’or (entre Rithy Panh et Valeria Bruni Tedeschi) © CHRISTOPHE SIMON / AFP

L’année dernière, Nuestras Madres a reçu la très prisée Caméra d’or au festival de Cannes. Sortie en VOD cette semaine, c’est une œuvre de mémoire nécessaire sur les terribles conséquences de la guerre civile guatémaltèque (1960-1996). Après quelques problèmes de connexion et de décalage horaire – nous sommes en France, il est au Guatemala – nous avons réussi à joindre le réalisateur César Díaz, pour revenir avec lui sur son fort et beau premier film.

Nuestras Madres est le premier film guatémaltèque présenté au festival de Cannes. En quoi était-ce important pour vous qu’il soit vu par le plus grand nombre ?

Parce qu’il parle de l’histoire vive du Guatemala, une histoire que certains essaient d’oublier. Et pire encore, de nier. C’est aussi important par le moment cinématographique que l’on vit au Guatemala, car il faut soutenir cette industrie naissante. Le fait qu’un film aille au festival de Cannes est l’affirmation que l’on est sur le bon chemin.

Est-ce que la guerre civile est un sujet présent dans l’actualité de votre pays, ou bien encore un tabou ?

C’est un sujet important pour le monde de gauche et progressiste, mais pour le reste de la population, c’est un vieux sujet dont il ne faut pas trop parler. Le problème principal est qu’il n’a jamais existé une véritable volonté politique de soigner les blessures du passé, ni de procéder à une réconciliation nationale.

Comment avez-vous écrit votre scénario ?

Je me suis basé sur des livres d’histoire, des témoignages et de nombreux repérages. Il y a eu une accumulation de rencontres avec les acteurs du terrain ainsi qu’avec les victimes du génocide. Les femmes que l’on voit dans le film, ce sont les vraies victimes de la guerre et de ses atrocités. Leur village a été massacré, comme dans le film, et elles ont décidé de rechercher la justice et de raconter leur histoire. C’est à elles que j’ai pensé lorsque j’ai reçu la Caméra d’or.

Est-ce que ce film était aussi un travail de mémoire pour vous-même ?

Pour moi, certes, essayer de comprendre le passé et pouvoir l’inscrire dans l’histoire me semble important pour se projeter vers l’avenir. La mémoire est indispensable dans un pays comme le Guatemala où la notion d’identité nationale n’existe pas. Connaître notre passé récent peut nous aider à construire la notion de lieu partagé dont nous avons tant besoin.

Est-ce qu’un tournage est compliqué à mettre en place au Guatemala ?

Pas vraiment, nous avons vécu les problèmes classiques d’un tournage à l’étranger dans un pays sans industrie. Matériel coincé à la douane, autorisations qui n’arrivent jamais, la maquilleuse qui se casse une cheville au milieu de la montagne… Mais rien de bien grave.

Quelle a été votre formation pour devenir réalisateur ?

Au niveau académique, j’ai fait une formation en scénario à l’ULB de Bruxelles et à l’atelier scénario de la FEMIS. Mais je pense que ce sont surtout tous les films que j’ai montés qui ont été la meilleure école pour devenir réalisateur. Il faut imaginer que le Guatemala est un pays sans images. Le fait de se former à l’étranger, en Europe, m’a fait découvrir l’histoire du cinéma et beaucoup d’autres cinématographies dont je ne connaissais pas l’existence, comme le cinéma iranien ou asiatique.

Vous êtes monteur, mais vous n’avez pas monté votre film. Pourquoi ce choix ?

Parce que je savais que c’était une erreur, je n’aurais jamais eu la distance nécessaire pour pouvoir le faire. Damien Maestraggi a été un élément clé dans la construction du film. Il a bousculé mes certitudes et mes scènes chéries… C’est ce que l’on attend d’un monteur, après tout.

Avez-vous le sentiment, comme Jayro Bustamante nous le confiait l’année dernière, que l’on assiste à l’émergence d’un cinéma national au Guatemala ?

Oui, j’ai le sentiment qu’une nouvelle génération de réalisateurs est en train d’arriver, avec des idées très fortes et une volonté en fer. Dans les prochaines années, nous allons entendre parler du cinéma du Guatemala.

Votre film a-t-il été vu au Guatemala ?

Pas encore. Nous avions prévu une très belle sortie au Teatro Nacional, une salle de 2000 places, suivie d’une sortie commerciale et d’une tournée dans les villages, mais tout a été annulé par le COVID-19. Nous sommes actuellement en pleine réflexion pour savoir comment sortir le film.

Quels sont vos prochains projets ?

J’adapte le roman d’Arnoldo Gálvez-Suárez, Les Juges qui se passe au Guatemala et j’écris un film sur une relation mère-fils (encore), à Bruxelles cette fois-ci.

Propos recueillis par Victorien Daoût le 16 juin 2020, par WhatsApp.

Nuestras Madres est disponible en VOD sur de multiples plateformes.

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