Hotel by the river

Au cinéma le 29 juillet 2020

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Ki Joo-bong, Kim Min-Hee et Song Seon-mi ©2018 Jeonwonsa Film Co.

Un poète passe un séjour de longue durée dans un hôtel. On pourrait croire qu’il est ici pour trouver l’inspiration, d’autant plus que l’étendue enneigée qui encercle le bâtiment est propice au calme et au travail, ressemblant à une page blanche. En réalité, cet homme attend ses deux fils car il sent la fin de sa vie approcher.

La grâce discrète du cinéma de Hong Sang-soo ne surgit pas comme une évidence. Elle s’apprivoise en se reconnaissant par moments, voire après coup, résultat d’une œuvre faite de multiples touches formant un tout véritablement unique. Hotel by the river, son 23e film, est d’une modestie assumée. Un noir et blanc épuré, seulement cinq personnages qui se croisent dans un seul lieu (ou presque) : chacun de ces éléments s’insère parfaitement dans le dispositif de mise en scène cher au cinéaste, fait de plans très doux, brusqués par de légers mouvements de caméra au cours desquels les personnages ont tout l’espace pour penser, se perdre intérieurement, douter, discuter. Et manger.

Le personnage du père, Young-hwan (Ki Joo-bong), est une figure hantée par la fin. Le rendez-vous organisé avec ses deux fils ressemble à une dernière réunion, sans que celle-ci ne donne l’impression d’être décisive. Cette ambiguïté confère au film des couleurs mélancoliques, à travers le prisme d’une relation filiale qui n’est cependant pas le seul enjeu. Il est aussi question, forcément chez Hong Sang-soo, des rapports entre les hommes et les femmes. Lorsque Young-hwan, à travers une vitre de l’hôtel, aperçoit deux femmes marcher dans la neige, il les aborde en leur avouant son sentiment d’admiration. Cet échange, surprenant dans sa simplicité, respire une sincérité troublante. Il n’est pas sans cacher les tourments des êtres qui derrière la beauté (leur beauté ou celle qu’ils voient) sont touchés par de grandes difficultés. Si le poète évoque la mort, l’une des deux femmes, Sang-hee (Kim Min-hee), est quant à elle en proie à un terrible chagrin d’amour, donnant lieu à des digressions sur la lâcheté des hommes.

Une très belle scène montre les deux femmes enlacées sur un lit, comme une pause nécessaire dans leur existence, à mi-chemin entre l’engourdissement et le réveil. Tout comme cette vision, le film ne recherche ni l’intensité à tout prix ni l’anesthésie du spectateur. La fébrilité des personnages, mêlée à la maîtrise formelle de la mise en scène, font l’alchimie de ce nouvel opus très personnel dans le paysage de Hong Sang-soo.

Hotel by the river / De Hong Sang-soo / Avec Ki Joo-bong, Kim Min-Hee, Song Seon-mi / Corée du Sud / 1h36 / Sortie le 29 juillet 2020.

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