Un pays qui se tient sage

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Affrontements sous l’Arc de Triomphe dans « Un pays qui se tient sage » – © Jour2Fête – Le BureauFilms – 2020

Sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs l’an passé, Un pays qui se tient sage, premier film de cinéma du journaliste David Dufresne, tire à boulets rouges sur la police française et son mécanisme de répression. Un brûlot implacable et sans détour à côté duquel il ne faut surtout pas passer.

Avant d’officier comme reporter indépendant et documentariste pour la télévision, David Dufresne a fait ses classes comme journaliste rock, évoluant alors dans le monde confidentiel des fanzines et autres radios régionales. Sûrement cela a-t-il contribué au développement de son esprit punk et contestataire, spécialisé depuis l’éclosion du mouvement des Gilets Jaunes en 2018 dans le recensement et la médiatisation des violences policières. De ce travail de fourmi consistant à trier les milliers de vidéos, photos et témoignages pullulant sur le net, Dufresne a d’abord tiré un roman, Dernière Sommation, paru l’année dernière, puis son premier long-métrage de cinéma, Un pays qui se tient sage.

Si l’on pourrait, dans un premier temps, reprocher au documentaire son esthétique anecdotique (que d’aucuns qualifieront un peu rapidement de « télévisuelle »), il faut pourtant bien vite s’incliner devant la pertinence d’une telle approche : c’est en effet de son épure stylistique radicale que le film tire sa remarquable clarté, et ce malgré l’abondance d’images et de paroles. Aucun décor clairement identifiable, aucun nom marqué à l’écran (au spectateur de deviner la profession de chacun) : le dispositif est ici celui du commentaire dans sa forme la plus essentielle. Un ou plusieurs visages observent une multitude d’images amateurs, souvent difficilement supportables, avant d’en tirer leur analyse, marquée bien sûr par leur rapport personnel à ces images (un souvenir douloureux pour certains, un simple sujet d’étude sociologique pour d’autres).

En ce sens, Un pays qui se tient sage se fait le complément logique du travail d’archivage fourni par Dufresne ces deux dernières années. Après le recensement de la violence vient le temps de sa dissection pour comprendre ses rouages et ses retombées politiques, humaines et sociales. C’est peut-être là que réside, en fin de compte, la seule véritable faiblesse du film, qui peine à mêler vraiment le récit glaçant des victimes et les analyses détachées des intellectuels présents pour l’occasion (parmi lesquels figurent Alain Damasio ou encore le loquace Fabien Jobard). Un maigre défaut qui n’amenuise en rien la réussite indéniable de l’ensemble, confirmant le talent de documentariste de Dufresne et offrant un recul bénéfique sur le mal de la violence « légitime ». Un pays qui se tient sage est à ranger sans hésiter sur la même étagère que Citizenfour (Laura Poitras, 2015) ou Les nouveaux chiens de garde (Gilles Balbastre et Yannick Kergoat, 2011) : celle des films d’utilité publique.

Un pays qui se tient sage / De David Dufresne / Documentaire / France / 1h45 / Sortie le 30 septembre 2020.

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