L’Homme du président

En VOD le 4 novembre 2020

L'Homme du Président : Photo
Lee Byung-hun © capelight pictures OHG

Rien de nouveau sous le soleil, le cinéma de genre a trouvé de nouveaux maîtres en Corée – Lucky Strike en fournissait encore récemment un exemple. Il se trouve qu’en plus du talent de ses cinéastes, la péninsule est également dotée d’une histoire politique propice à la fiction. On pense évidemment au rapport complexe au voisin du Nord, illustré par exemple par Park Chan-wook dans JSA, dont l’action se situe à la frontière des deux Corées. Mais c’est un épisode marquant de l’histoire de la Corée du Sud elle-même, souvent moins connue, qui fournit la matière de L’Homme du président de Woo Min-ho, sorti directement en VOD ce mois-ci.

1979. Le président Park règne sur le pays d’une poigne de fer depuis dix-huit ans, appuyé par la KCIA, une agence gouvernementale toute puissante à la réputation redoutable. Mais lorsque l’ancien directeur de celle-ci témoigne devant le Congrès américain des méfaits de Park, l’ordre établi semble vaciller. Kim, son successeur à la tête de l’agence, est chargé par le président de remédier à la situation.

Clarté, efficacité, maîtrise de la tension… L’Homme du président offre au spectateur occidental un spectacle palpitant et instructif sur ce moment clé de l’histoire de la Corée. Lee Byung-Hun, dont le visage commence décidément à nous être familier, incarne avec son habituelle détermination teintée de tristesse ce personnage pris dans une tourmente politique aux ramifications internationales. La traduction française du film fait référence au film culte d’Alan J. Pakula, mais il s’agit ici moins d’une enquête que d’un thriller où priment l’énergie et l’efficacité ; en ceci, il se distingue de The President’s last bang d’Im Sang-soo, sorti en 2005, qui abordait déjà le sujet mais dans un registre empreint d’humour et avec une chronologie différente.

On pourra reprocher au film sa propreté visuelle assez impersonnelle, ses cadres très soignés, une direction artistique un peu trop léchée, une surutilisation de musique particulièrement intense… mais force est de reconnaître que la recette fonctionne. L’intrigue construite autour de seulement une poignée de personnages réduit volontairement les enjeux politiques à des rivalités personnelles, à des luttes ayant perdu leur sens, comme le résume avec beaucoup d’humour un court dialogue nostalgique entre Kim et son prédécesseur se remémorant leur coup d’état : « Pourquoi est-ce que tu voulais faire la Révolution ? », demande le premier. « Parce que tu le voulais » répond le second avec un sourire complice. Perplexité de l’autre : « Ah… ce n’était pas toi qui voulais ? Je ne sais plus… ».

La réalité du pays leur échappe, et les nouvelles des émeutes ne parviennent plus aux bureaux feutrés des protagonistes que via les murmures glissés à l’oreille par des messagers obséquieux. Et la seule image des troubles qui agitent le pays que le spectateur aura l’occasion de voir sera distante et silencieuse, lors d’un bref survol en hélicoptère…

L’Homme du président / De Woo Min-ho / Avec Lee Byung-hun, Lee Sung-min, Kwak Do-won / Corée du Sud / 1h45 / Sortie le 4 novembre 2020 en VOD.

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