Nimic

Sur MUBI le 27 novembre 2020

thedrum.com on Flipboard: Mini and Droga5 London partner with Yorgos  Lanthimos on short film
Matt Dillon © MUBI

Sortie en exclusivité sur MUBI, la dernière réalisation de Yórgos Lánthimos est un court métrage aussi bref que déroutant, et qui le sera d’autant plus pour qui n’est pas familier de l’œuvre du réalisateur grec. Matt Dillon y incarne un violoncelliste vivant avec sa femme et ses trois enfants, suivi jusque chez lui par une femme imitant tous ses faits et gestes, apparemment déterminée à le remplacer.

Nimic, tout en ayant son intérêt propre, prend beaucoup son sens en tant que partie de l’œuvre de son réalisateur. Plusieurs des thèmes de la filmographie de Lánthimos traversent cette micro-intrigue de quelques minutes. Déjà dans Canine (2009), où des parents empêchaient leurs enfants de quitter le foyer en leur faisant craindre un monde extérieur dangereux, la famille était décrite comme une entité étouffante ; ici, les plans déformés par de très courtes focales enferment les personnages dans une bulle. Dans Alps (2011), les héros étaient des acteurs payés pour remplacer les morts en prenant leur place dans des familles peinant à faire leur deuil ; Nimic met en scène un homme remplacé de son vivant.

Le ton neutre et détaché des acteurs, caractéristique des films de Lánthimos, est de mise. Tous donnent l’impression de jouer un rôle plutôt que de l’incarner. Qu’est-ce qui alors fait l’identité de chacun ? Il semble que ce rôle joué soit la seule réalité qui existe. Pour qu’on se voie confisquer son être, il suffit que quelqu’un d’autre mette la même conviction que nous dans son personnage – celle qui remplace le violoncelliste est finalement acclamée lors d’un concert où elle n’a joué que des fausses notes, mais a imité avec application les mouvements des musiciens.

Nimic est pourtant imprégné d’humour – humour froid, très froid, certes, mais humour tout de même. Comment prendre entièrement au sérieux ce qui s’apparente avant tout au jeu enfantin du « je-répète-tout-ce-que-tu-dis » ? Le personnage de l’imitatrice (« Mimic » en anglais, telle que nommée au générique) semble s’amuser, et manifeste une application puis une joie toutes deux très puériles lors du concert.

Après La Favorite, qui était nettement plus accessible au grand public que ses films précédents, Lánthimos semble avoir voulu revenir à un style plus sec. Le résultat, sorte d’antithèse philosophique mêlant ironie glacée et pessimisme ontologique, ne ravira donc pas celles et ceux que Lánthimos agaçait déjà. Mais ceux qui l’apprécient sauront se satisfaire de cette modeste pierre apportée à son édifice.

Nimic / De Yórgos Lánthimos / Avec Matt Dillon, Daphne Patakia, Susan Elle / 12mn / 2020 / Sortie le 27 novembre 2020 sur MUBI.

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