Onoda, 10 000 nuits dans la jungle

Au cinéma le 21 juillet 2021

Onoda - 10 000 nuits dans la jungle
Kanji Tsuda incarne un Hiroo Onoda vieilli après 30 ans passés sur son île – © bathysphere

En 1974, un homme arrive sur une île des Philippines. Il s’enfonce dans la nature, établit un campement, et allume un petit poste qui se met à émettre une chanson japonaise aux accents propagandistes. Le son se diffuse dans la jungle et parvient aux oreilles d’un étrange homme en uniforme et camouflage… le lieutenant Hiroo Onoda, auquel la mélodie rappelle sa propre arrivée sur l’île, 30 ans plus tôt, alors que le conflit mondial touchait à sa fin. Il était chargé de mettre en place une nouvelle stratégie militaire désespérée : la guérilla.

Film d’ouverture de la sélection Un certain regard à Cannes, le film d’Arthur Harari aurait mérité les honneurs de la sélection officielle – et peut-être même une récompense, tant la maîtrise et l’originalité de son incroyable récit en font un film véritablement exceptionnel, que sa longueur (2h45) parfaitement justifiée n’empêche pas d’être captivant de bout en bout.

Arthur Harari dépeint l’endoctrinement et le jusqu’au-boutisme de ses personnages avec une grande finesse, sans mépris ni jugement. Si la mécanique qui s’enclenche suit un cours si fatal, c’est justement parce que les décisions du protagoniste paraissent d’abord rationnelles, avant qu’il ne plonge progressivement dans une forme de folie. Une détermination qui cependant s’inscrit dans une logique culturelle bien précise : Onoda ayant refusé une opération kamikaze par peur de mourir, se sent tenu par une dette. Une dette teintée de honte, notion au cœur du fonctionnement de la société japonaise d’alors, comme l’analysait l’anthropologue américaine Ruth Benedict au sortir de la guerre (Le Chrysanthème et le Sabre, ouvrage commandité en 1944 par le pouvoir militaire américain pour tenter de comprendre le peuple qu’il commençait à administrer). Face à la défaite, pour échapper à cette honte, on sait que certains préférèrent se donnent la mort (comme le montrait Lettres d’Iwo-Jima de Clint Eastwood en 2006) ; Onoda, auquel on a interdit de mourir lors d’une formation secrète spéciale, remplace le suicide par une ténacité infinie, à sa manière tout aussi radicale.

Onoda rappelle de grands films de guerre, toujours à sa manière. Par certains aspects, le film pourrait être un reflet inversé de La Ligne rouge (1998), qu’évoquent ces soldats tapis dans les hautes herbes, dépassés et guettant un ennemi invisible : chez Terrence Malick, de jeunes déserteurs sont tirés de l’île où ils s’étaient réfugiés pour fuir la guerre ; les héros d’Arthur Harari au contraire refusent eux-mêmes de quitter la leur et d’accepter la paix. C’est étrangement dans cette volonté de perpétuer le conflit qu’Onoda et ses acolytes trouvent leur liberté, leur guérilla prenant parfois presque les allures d’un jeu, bien que tragique. C’est assurément la marque d’un grand film que de parvenir à évoquer des chefs-d’œuvre tout en trouvant un ton aussi unique.

Onoda, 10 000 nuits dans la jungle / D’Arthur Harari / Avec Yûya Endô, Kanji Tsuda, Yuya Matsuura / France – Japon – Italie – Belgique – Allemagne – Cambodge / 2h47 / Sortie le 21 juillet 2021.

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