BAC Nord

Actuellement au cinéma

Gilles Lellouche et François Civil. © Jérôme Macé – Chifoumi Productions

Quatrième long-métrage de Cédric Jimenez, BAC Nord pourrait presque se voir comme le prolongement contemporain de son deuxième film, le divertissant La French (2014). En résulte un thriller policier ambitieux et bien ficelé mais qui néanmoins emprunte, au fil de son récit, une piste dangereuse…

A n’en pas douter, le film laissera nombre de spectateurs sur un sentiment paradoxal : celui d’un pur plaisir de cinéma nerveux, influencé par les actioners d’outre-Atlantique et porté par une intrigue racée ; mais aussi celui d’un pamphlet politique qui détonne dans une société de plus en plus marquée par le problème des violences policières. BAC Nord s’inspire d’une histoire vraie, celle d’une escouade de la Brigade Anti-Criminalité déférée au parquet pour trafic de stupéfiants. Le film suit le quotidien de ces trois flics d’un genre à part dans le combat perpétuel qui les oppose aux dealers des cités et leurs armées informelles. Chacun a son propre caractère, sa propre vision de la vie, ses propres points de rupture.

Si La French s’articulait autour d’un duel binaire, le gangster et son code d’honneur face au juge et son rigorisme moral et judiciaire, BAC Nord frappe d’entrée par le déséquilibre de son rapport de force. Seuls les soldats du « Bien » bénéficient d’une caractérisation digne de ce nom (et très soignée, il faut le reconnaître), les malfaiteurs prenant devant la caméra agitée de Jimenez une dimension presque horrifique : cagoulés, anonymes, ils descendent des tours comme autant de zombies assoiffés de sang et toujours prompts à ensevelir les garants de la liberté sous des tonnes d’insultes incestueuses. Si cela permet de retranscrire le climat de tension insoutenable qui caractérise les quartiers difficiles de Marseille, un tel manichéisme pose question. Ce n’est d’ailleurs pas une première dans le cinéma d’action français : dans Burn Out de Yann Gozlan, le même François Civil luttait pour sa survie dans une banlieue, traqué par des délinquants sans visage.

Si l’on ne peut jamais décemment reprocher à un film d’opter pour un point de vue et s’y tenir, BAC Nord dégage malgré tout un parfum des plus rances, notamment dans son dernier acte, lorsqu’il montre la déchéance de ses personnages, injustement emprisonnés, livrés aux diatribes médiatiques et méprisés par l’IGPN et sa bureaucratie vorace et malhonnête. C’est une peinture hélas bien trop simple de la réalité de la police française (à ce titre, Les Misérables disait tout ou presque du cycle de la violence dont flics et voyous sont au fond tous les victimes).

De fait, le long-métrage évacue le contexte social et politique de la délinquance et les violences policières d’un revers de la main – le seul geste « problématique » (le personnage de Karim Leklou assommant un enfant) intervient dans un contexte de légitime défense. Et si l’on peut saluer son impressionnant savoir-faire (visuellement, c’est le meilleur film d’action français produit depuis bien longtemps) et sa peinture sans fard d’une administration dépassée dont les codes ne correspondent en rien à la réalité du terrain, on ne peut que s’indigner de son discours orienté, imprécis et fondamentalement passé de date. L’efficacité n’excuse pas tout.

BAC Nord / De Cédric Jimenez / Avec Gilles Lellouche, François Civil, Karim Leklou, Adèle Exarchopoulos / France / 1h47 / Sortie le 18 août 2021.

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