Les misérables

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Stéphane et Chris (Damien Bonnard et Alexis Manenti) © SRAB Films
Chris (Alexis Manenti) et Stéphane (Damien Bonnard) © SRAB films

Stéphane (Damien Bonnard) quitte Cherbourg pour intégrer la brigade anti-criminalité du 93. Confronté à ses nouveaux collègues Chris (Alexis Manenti) et Gwada (Djebril Zonga), il est rapidement témoin de la violence inhérente à ce poste. C’est avec un court métrage du même nom, récompensé aux Césars l’année dernière, que Ladj Ly avait une première fois évoqué cette histoire. Cette année, pour son premier long métrage, lauréat du Prix du Jury à Cannes, il nous propose de retrouver ces personnages au coeur de Montfermeil.

Alors que les tensions entre les différents groupes du quartier ne cessent de grandir, un acte imprévisible va déclencher une succession d’événements incontrôlables : lors d’une intervention particulièrement agitée, un des policiers tire un coup de flash-ball dans le visage d’un jeune garçon. Bavure que les policiers auraient facilement pu étouffer si un drone n’avait pas filmé toute la scène. La question de l’énorme impact que les nouvelles technologies vidéos ont pu avoir sur le comportement policier devient primordiale dans le film. Ladj Ly sort des sentiers battus en évitant la caricature d’affrontement entre civils opprimés et policiers abusifs. En adoptant un style presque documentaire, il dépasse un schéma trop manichéen pour s’intéresser à ce dialogue de sourd entre forces de l’ordre et habitants de la cité. Il rejette à de nombreuses reprises la notion très simpliste qu’un des deux partis serait l’unique fautif. Il plonge dans les convictions et motivations de ses personnages, insistant sur leur humanité, évidemment partagée, mais parfois se manifestant de manière incompatible. Le spectateur, comme Stéphane, arrive avec des principes et une vision préconçue mais comprend très vite que ces règles lui font défaut dans certaines situations.

Le film se construit comme une gradation. Un enchainement tragique et l’exposition du cercle vicieux de la violence avant d’arriver à l’avénement d’un conflit final. Le drone survole une banlieue silencieuse mais dans ses profondeurs, la colère gronde. Illusion de calme avant une fin apocalyptique inévitable, moment de cinéma absolument époustouflant. D’un réalisme brut et hypnotisant, Les misérables est un film choquant et nécéssaire qui nous donne à voir sans artifice la propagation d’une haine complexe et brulante.

Les misérables / De Ladj Ly / Avec Damien Bonnard, Alexis Manenti et Djebril Zonga / France / 1h44 / Au cinéma le 20 novembre 2019.

Auteur : Chloé Caye

cayechlo@gmail.com

2 réflexions sur « Les misérables »

  1. Réaliste, mais beaucoup plus romanesque que documentaire à mes yeux, c’est d’ailleurs ce qui fait toute l’intelligence de ce réalisateur qui s’empare du titre hugolien pour le tourner vers les problématiques actuelles. Et il y parvient avec une puissance qui force le respect.

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