Les Amants sacrifiés

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Les Amants sacrifiés: Yû
        Aoi
© Arthouse

Kobe, 1941. Yusaku, entrepreneur et cinéaste à ses heures perdues, vit avec sa femme Satoko dans une maison de style occidental qui fait jaser à l’heure d’un nationalisme exacerbé. Ses voyages d’affaire sur le continent attirent l’attention des autorités, et un ancien ami d’enfance devenu militaire vient sommer Satoko de lui donner des informations : son mari serait-il un espion ?

Première collaboration du vétéran Kiyoshi Kurosawa avec le désormais célèbre Ryūsuke Hamaguchi, récompensé à Cannes cette année pour Drive my car et qui fut son élève à l’université, Les Amants sacrifiés est également le premier film d’époque de son réalisateur ; le résultat n’est que partiellement convaincant. Après une première scène rappelant le style qui fut celui de Kiyoshi Kurosawa jusqu’au milieu des années 2000 (plan large, fixe, long et mystérieux), le film adopte une esthétique moins personnelle, souffrant parfois de son manque de budget ; les intérieurs éclairés en contre-jour pour dissimuler l’absence de décor extérieur font de maladroits cache-misère, bien qu’avec un peu d’imagination on puisse y voir un hommage à Massacre à la tronçonneuse, film que Kiyoshi Kurosawa affectionne et où les trajets en voiture des héros se déroulent également sur des fonds blancs de studio sur-éclairés.

Apparemment essentiel au point d’être plus mis en avant sur l’affiche du film que le nom du réalisateur, le scénario mêle assez intelligemment sentiments et politique. Kiyoshi Kurosawa, amateur de monstres, semble avoir retrouvé certains de ses thèmes de prédilection dans ce récit où les méfaits de l’armée japonaise en Mandchourie relèvent de la pure horreur, et dont la conclusion s’apparente à ces apocalypses qu’il affectionne et qui concluent plusieurs de ses films. Un geste dont on imagine qu’il sera peu apprécié de certaines factions politiques du Japon, pays qui peine encore à regarder en face une partie de son passé, et où affirmer la primauté de l’individu sur la société ou de l’humanité sur la nation, comme le revendique le personnage de Yusaku, n’est pas inscrit dans l’ADN national.

Les Amants sacrifiés / De Kiyoshi Kurosawa / Avec Yû Aoi, Issey Takahashi, Masahiro Higashide / Japon / 1h55 / Sortie le 8 décembre 2021.

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